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LES MOYENS DE LA JUSTICE - 8 mars 2008 -

Parmi les différentes demandes des services de l’état, il en est une qui revient fréquemment : augmenter les moyens de la Justice.
Cette demande, du fait de l’insécurité croissante dans nos villes, des diverses malversations dont la presse télévisuelle se fait l’écho, du contexte judiciaire catastrophique de l’affaire d’Outreau qui a à juste titre révolté l’opinion, reçoit généralement une écoute favorable auprès de nos concitoyens.

Il est exact que l’on assiste de manière croissante à "l’américanisation" des recours à la Justice. Il est aujourd’hui fréquent d’être mis en cause judiciairement pour des faits qui sont soit insignifiants, soit purement et simplement l’invention de l’accusateur.
Celui-ci, pariant justement sur le prétendu "manque de moyens" de la justice, a en effet toutes chances de gagner sinon une fois sur deux ce qui ramènerait l’exercice de la justice à un jeu de hasard, du moins une fois de temps en temps ce qui est bien suffisant pour justifier ses recours abusifs.

Notre accusateur perfide n’a rien ou très peu à perdre : quand il gagne, c’est évidemment tout bénéfice ; quand il perd, il est parfois et de manière non systématique, condamné à payer à son adversaire une somme dérisoire "au titre de l’article 700" censé compenser les frais irrépétibles que celui-ci a du engager pour sa défense.
En réalité cette somme est généralement fixée par le Tribunal à quelques centaines d’euros qui sont bien loin des honoraires de l’avocat que notre homme a du engager pour sa défense.

Il est un exemple récent dans lequel un administrateur judiciaire, donc un mandataire de Justice, n’a pas hésité à attaquer un dirigeant d’entreprise au titre de prétendues erreurs de gestion, pour demander au Tribunal une condamnation à hauteur de 16 millions d’euros ; il n’hésitait pas à justifier cette somme par la présentation de différentes dettes de l’entreprise dont la plus rocambolesque était une prétendue créance des services fiscaux de dix millions d’euros.

En réalité, la fameuse somme de 10 millions d’euros était de 10 millions de francs (et non d’euros) dont le recouvrement avait été abandonné un an plus tôt par le fisc. L’ensemble de la demande était de la même veine.

L’intérêt de l’administrateur judiciaire était évident : quelle que soit la somme qu’il pouvait espérer empocher, même très inférieure à sa demande extravagante, il percevait les honoraires correspondants …

La procédure a duré quatre ans, est passée plusieurs fois en audience, a même été jugée en Cour d’Appel sur un problème de forme ; elle a donc mobilisé l’ensemble des moyens de la Justice sur une très longue période et a coûté 25 000 euros de frais d’avocat au dirigeant d’entreprise.

Avant la dernière audience qui, selon toute probabilité, allait blanchir l’accusé, l’administrateur judiciaire décidait de se désister de l’instance qu’il avait introduite quatre ans auparavant.

Qu’est-il alors advenu ??

Le Tribunal a pris bonne note de ce désistement et a généreusement accordé 1 200 euros au dirigeant d’entreprise au titre des frais irrépétibles …

L’ensemble du système judiciaire a été ravi de l’affaire ; d’abord, les divers avocats qui ont travaillé et touché les honoraires correspondants ; ensuite, les juges qui ont ainsi justifié leur surcharge de travail et ont trouvé dans cette affaire une nouvelle occasion de demander plus de moyens ; enfin, notre administrateur judiciaire qui a mis les frais engagés au débit du compte de l’entreprise en cause et qui, s’il n’a rien gagné devant le Tribunal, a pu imputer des honoraires à l’entreprise du fait du temps passé sur l’affaire.

Et pendant ce temps, nos concitoyens, souvent non avertis de ce type d’affaires pourtant très fréquentes, sont parfaitement prêts à accepter de renforcer les moyens de l’appareil juridique de notre pays …

Il est cependant un moyen simple et économe de contenter tout le monde, sauf celui qui attaque à tort :

1. Quand quelqu’un attaque à tort, il devrait être condamné à payer à son adversaire, injustement et inutilement traduit en justice, les frais réels qu’il a engagés pour se défendre (ce qui contenterait les innocents et les avocats) ;

2. Outre les dépens, celui qui attaque sans fondement devrait être condamné à payer une amende significative ;

3. Par exception aux règles habituelles de comptabilité publique, un de mes amis suggère que cette amende soit perçue par le Tribunal qui a prononcé la sentence aux fins d’améliorer ses moyens matériels (ce qui contenterait bien entendu les Juges en leur donnant la possibilité de moderniser leur fonctionnement quotidien) ;

On pourra naturellement trouver des possibilités de dérives à un tel système : les juges ne seraient-ils pas trop tentés de condamner à tort le plaignant ??
Nous faisons actuellement confiance aux Juges sur des sujets bien plus délicats, continuons à croire en leur discernement.

Diego Max.

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Sources : Politique.com, Diego Max

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