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L'INDIVIDU ET SON GROUPE
- 9 juin 2009 -
Le récent accident dramatique survenu à l’Airbus d’Air France m’a remis en mémoire une altercation sans grande importance vécue il y a quelques jours.
Alors que je volais sur un vol intérieur d’Air France, j’avais à côté de moi un homme d’apparence respectable (probablement pensait-il d’ailleurs l’être vraiment). Durant les phases de décollage, alors que la chef de cabine avait déjà annoncé l’obligation d’éteindre les portables et l’interdiction d’utiliser des appareils électroniques, notre homme "surfait" sur son "iPhone" en prenant grand soin de le dissimuler aux yeux des hôtesses ou stewards du bord quand ils passaient à proximité.
Notre homme accomplissait une tâche urgente et primordiale comme on pourra le constater : je pouvais, en effet, voir sans difficulté qu’il consultait des annonces immobilières sur la Côte d’azur … !!!
Une fois l’appareil en vol, ne pouvant plus maintenir la connexion téléphonique, notre homme se rabattit sur les jeux disponibles sur son appareil jusqu’à l’arrivée au dessus de la destination finale. Dès lors, ayant retrouvé la connectivité adéquate, il retourna à ses annonces immobilière et ce, dès le début de phase d’approche.
C’est à ce moment que, ne pouvant résister à exprimer mon sentiment, je lui dis : "ne croyez vous pas qu’il est inconscient de mettre en cause la sécurité de tous les passagers d’un avion de ligne pour satisfaire une envie personnelle qui peut bien attendre quelques minutes ?".
En quelques secondes, le ton monta et quand je lui fis la remarque que son attitude était aussi irresponsable que celle des chauffards qui roulent à plus de 200 km/h sur l’autoroute, il n’hésita pas à me certifier que cela aussi il le faisait… !
Bien sûr, il serait stupide de comparer ces faits au tragique accident évoqué précédemment. D’autant que, de toute évidence, aucune liaison téléphonique traditionnelle ne peut être établie à partir d’un téléphone sans fil à plusieurs milliers de kilomètre de la première antenne…
Cependant, si les autorités de l’aviation civile ont interdit l’usage des appareils téléphoniques dans les avions, on peut supposer qu’il y a une raison valable. On peut donc imaginer qu’un tel usage soit de nature à perturber suffisamment les instruments de bord pour rater un atterrissage ou un décollage et ainsi, conduire à la mort quelques centaines de passagers.
Dans une telle situation quelle doit être l’attitude d’un groupe face à un homme mettant en cause l’existence même de ce groupe ??? Dans une telle situation que veulent dire les mots délation et tolérance ? ; ne devraient-ils pas être traduits, respectivement, par devoir et lâcheté ??
D’une manière plus générale, et pour en revenir à un discours plus politique, la mise en cause de la survie économique d’un pays ou d’un système par un petit nombre d’irresponsables ou de fraudeurs doit-elle être tolérée par l’ensemble des citoyens ou des partenaires du système ?
La question se pose malheureusement en ces termes dans de nombreux domaines dans lesquels on trouve pêle-mêle :
- l’assurance maladie et les graves excès que chacun peut constater : que ce soit le taux de "faux arrêts maladie" évalué par cette institution elle-même à 12%, les interventions chirurgicales inutiles faites par des praticiens plus soucieux de leur portefeuille que de la santé des malades, les excès liés aux fraudes sur la CMU, etc. ;
- les fraudes au travail dissimulé qui, à elles seules, mettent en cause la survie de tous les organismes de protection sociale ;
- les fraudes fiscales qui sont, comme chacun le sait, un sport national et qui mettent en cause l’équilibre économique de la nation ;
- l’irresponsabilité de certains syndicalistes (heureusement minoritaires) qui mettent en cause la survie collective des entreprises pour un combat personnel ou strictement politique ;
- les blocages d’entreprises (ou d’universités) par une infime minorité ;
- les avantages que s’arrogent, en dépit de toute règle de bonne gouvernance, certains dirigeants économiques ou politiques ;
- le non respect des règles de sécurité ;
- les Lois ou règlements absurdes qui conduisent à la gabegie (les renouvellements de crédit dans certaines administrations, les documents administratifs en surnombre…).
Ces excès, sortes de reflexes individualistes, mettent tous en cause la survie de l’ensemble du groupe, en l’occurrence de notre pays et de ses habitants.
Tout cela conduit soit à des décès, au sens le plus physique du terme, soit à des surcoûts qui sont nécessairement supportés par tout le groupe alors que seul un individu en est la cause.
S’il faut traiter séparément l’accident fortuit, pour lequel tous les systèmes de protection collective doivent effectivement jouer à plein, ne doit-on pas considérer que la tolérance de la faute consciente et individuelle doive être considérée elle-même comme une faute ??
En ces domaines aussi, peut-être la délation devrait-elle s’appeler devoir, et la tolérance se nommer lâcheté…
Sources : Politique.com, Diego
Max
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