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PAUVRE FRANCE, OU LE MALHEUR EST DEVENU METIER - 30 décembre 2007 -

Tout drame motive la compassion, qui entraîne vite la libéralité des puissants du jour : l’homme politique se montre généreux au nom de la solidarité nationale. Il "débloque" des subsides, sans doute bloqués par lui, ou l’un de ses semblables antérieurement.

Il se garde bien de dire que ce ne sont que nos impôts qu’il consomme ainsi : son image de mansuétude compréhensive en serait amoindrie, et la réélection moins favorisée. "Je vous ai compris, et j’ai fait que l’Etat vienne au secours des malheureux…"

Trouver l’argent demande alors d’emprunter (bonne chance à nos héritiers, ils payeront les cadeaux d’aujourd’hui), de couper dans les budgets à conséquence lointaine (les armées, bonne chance à nos héritiers qui n’auront plus de défense décente), ou d’augmenter les impôts.

Celui qui en paye découvre qu’il en paye trop s’il ne reçoit pas en retour un minimum de la générosité qu’il finance. Il doit donc expliquer qu’il est malheureux. Il lui faut attirer la compassion des puissants en mobilisant l’opinion. Lui sait bien que ce n’est que doléance tactique, mais son bruit nécessaire est entendu et cru par tous les autres.

Pêcheurs, infirmières, convoyeurs de fonds, étudiants, cheminots, avocats, médecins, chercheurs, tour à tour saisissent l’opinion, et, quoiqu’ils obtiennent sont unanimes à conclure "nettement insuffisant…". Celui qui ne pleure ni ne vocifère n’a rien, et va dans le meilleur des cas résider à Bruxelles, Londres ou Marrakech. Pendant que les entreprises délocalisent les emplois, et surtout les profits vers les territoires où leur fiscalité est moins lourde.

Le pire est que nous sommes tous témoins de ces récriminations perpétuelles. Dans d’autres pays le propos habituellement entendu est "venez investir dans notre secteur économique : chez nous tout va bien". En France il est "il faut que l’Etat nous aide : chez nous tout va mal".

Devrions-nous nous étonner de la morosité générale, et de voir les étrangers plus optimistes que les Français à propos des chances et du devenir de notre pays ? Notre vocabulaire ne nous trahit-il pas en classant notre peuple en deux catégories : "les plus défavorisés", et les autres, qui sont forcément "les moins défavorisés", dans un Hexagone où personne ne peut se déclarer autre chose que "défavorisé".

Pour le moment, nous nous convainquons mutuellement de notre malheur et de notre médiocrité. Un jour peut-être nous accepterons que "les plus démunis" ne sont que "les moins favorisés" dans un pays fabuleux. Mais où est l’homme d’Etat qui reconstruira notre confiance en mettant un terme à cette comédie, et en faisant que l’exposé systématique du malheur cesse d’être une source de rémunération ? La fiscalité s’en porterait bien, et le moral encore mieux.

  • Toutes les brèves de L'avocat du Diable (par ordre chronologique) :

- Fonction publique
- Productivité
- L'âge de la retraite
- Solidarité nationale
- Education
- Crise du logement
- Position des femmes
- Elections municipales
- Chiffres de la croissance
- Derrière les OGM

Sources : Politique.com, JP "L'avocat du Diable"

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