|
LA PRODUCTIVITE, SES MENTERIES ET
SES MYTHES - 7 avril 2007 -
Trop de candidates et de candidats se gargarisent
de la productivité : nous serions en France des champions
toutes catégories, notre heure de travail produirait
plus que celle de nos compétiteurs d’autres
nations, il y aurait encore du grain à moudre, nous
pourrions redistribuer plus, tout va bien Madame la Marquise.
Tentative soit incompétente soit mensongère
pour anesthésier le bon peuple et lui éviter
les douleurs de la vérité. Car la réalité dément
par deux observations.
De quoi parlons-nous ? La productivité se mesure
par des techniques préconisées par l’OCDE
: sur une année, la richesse produite par le pays
(le PIB, 1 750 milliards d’euros chez nous) se divise
par le total des heures travaillées (38,8 milliards
en France).
Qu’observons-nous ? Dans le pays où le salaire
des qualifications les plus faibles est le plus élevé,
l’appel à la mécanisation est le plus
tentant et sa justification économique la plus pressante
; y céder améliore la créativité,
et fabrique davantage de chômeurs. La municipalité de
Noaire sur Eygues employait six balayeurs pour la propreté et
le ramassage des feuilles mortes. Préoccupée
des taxes imposées à ses électeurs,
elle a vite remplacé trois départs en retraite
par une balayeuse mécanique et une machine à aspirer
les feuilles, toutes deux fabriquées en Chine.
Même résultat, même richesse produite,
heures de travail divisées par deux, productivité améliorée
de 100 %. Trois RMIstes sont restés dans leur détresse… Avec
un SMIC en rapport réel avec la valeur du travail
fourni, et moins de charges pour payer les inactifs forcés,
leurs trois embauches auraient été préférées à une
mécanisation totalement optionnelle. Mais la productivité serait
demeurée la même…
Louis Tartemolle a une entreprise de réhabilitation
d’immeubles, tous corps d’état. Il emploie
François, Rodrigo, Ahmed, Joao et Boris. Les salaires
au SMIC avec leur généreuse évolution,
et les charges, excessives à ses yeux, le conduisent à licencier
les trois premiers, puis à les employer subrepticement
au noir. Mêmes chantiers conduits, même richesse
produite, l’entreprise ne déclare plus que les
heures de trois personnes, la productivité mesurée
est multipliée par deux. Trois inscrits aux Assedic
en plus. Il suffit de bien faire attention aux contrôles
de l’URSSAF, ce qui, paraît-il, n’est pas
vraiment sorcier…
Ainsi, partout les grandes rivières nationales ne
sont faites que de ces petits ruisseaux : le chiffre fétichisé de
la productivité ne cesse de s’améliorer,
et il ne fait que refléter en corollaire une dégradation
incessante de l’emploi. Le SMIC à 1 500 euros
net plaira aux électeurs, et en marginalisera un encore
plus grand nombre.
Démonstration éloquente dans deux îles
du même archipel, identiques en peuplement, pas si
distantes en populations, équivalentes en ressources
et possibilités, mais bien différentes en approche
sociale du travail : la Réunion a un taux de chômage
de 31,3 %, l’île Maurice de 11 % (chiffres de
2005). Mais la productivité dans notre DOM est bien
meilleure que chez son voisin indépendant…
La productivité, c’est excellent pour la nation
quand, découlant de la qualification en progrès
et de l’inspiration plutôt que de la transpiration,
elle améliore la vraie richesse produite par chaque
vraie heure travaillée. Elle devient néfaste
quand elle réduit le nombre total d’heures travaillées,
les vraies comme les déclarées, quand l’offre
d’emploi est globalement insuffisante, et quand les
chômeurs qu’elle suscite ne retrouvent plus immédiatement
de boulot.
Mesdames, Messieurs, un peu de lucidité et d’honnêteté,
s’il vous plaît…
JP, l'avocat du Diable.
- Toutes les brèves de L'avocat du Diable (par ordre
chronologique) :
- Fonction
publique
- Productivité
- L'âge de la retraite
- Solidarité nationale
- Education
- Crise du logement
- Position des femmes
- Elections municipales
- Chiffres de la croissance
- Derrière les OGM
Sources : Politique.com, JP
"L'avocat du Diable"
Page
précédente.../ Haut de
page...
|
 |

|
 |