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LE PRESIDENT QUI ASSASSINA ROOSEVELT - 11 janvier 2009 -
Monsieur Bush quittera cette semaine le bureau ovale sur un bilan généralement considéré comme exécrable. Lui seront reprochés la crise économique (il n’y est pas pour grand-chose), l’enlisement et les morts en Irak (surtout les Américains, les Irakiens comptant moins il semblerait), les ouragans (qu’il n’a pas su maîtriser), et ses erreurs d’appréciation de toutes sortes.
Pourtant, sa plus grande faute historique est ailleurs.
L’actualité nous a fait oublier la conférence de Yalta, début 45. Le Président américain Roosevelt, et son conseiller Hopkins, y étaient tous deux condamnés par un cancer en phase terminale, dont ils étaient bien informés. Ils voulaient surtout léguer à l’humanité un héritage pour l’éternité : un système qui préviendrait toute guerre pour toujours. Il leur fallait obtenir l’accord de Staline sur ce qui allait s’appeler l’ONU. Le paysan géorgien madré allait négocier âprement son assentiment, au grand dam de Churchill.
Le prix serait la domination de l’Union Soviétique sur un glacis de pays la séparant de la belliqueuse Allemagne, et la division de la dite Allemagne en deux. Si des velléités guerrières y surgissaient à nouveau, le conflit prendrait place dans ces pays annexés, et non pas en URSS. Quel soulagement !

Le rêve de Roosevelt fut ainsi consenti au prix du rideau de fer, du pacte de Varsovie, et de quarante-cinq ans de guerre froide, avec les affrontements par procuration dans des pays qui n’en demandaient pas tant.
Au moment d’entamer la seconde guerre en Irak, sous le prétexte démontré invalide des menaces représentées par les supposées armes de destruction massive, cette ONU a manifesté quelque désapprobation ; sinon unanime, du moins bien affirmée par certains qui comptent dans son concert.
Monsieur Bush a été alors l’auteur de la déclaration selon laquelle : "si nous avons le sentiment que nous avons besoin d’agir, nous agirons, et nous n’avons besoin de l’approbation de personne pour agir". C’était piétiner le rêve de Roosevelt en crachant sur sa tombe. Le malheureux président le plus durable à la Maison Blanche a dû se retourner dans son cercueil.
Ainsi, quarante-cinq ans de malheurs et de difficultés passaient à la trappe en une seule phrase. Et la première puissance mondiale s’affirmait au dessus de la loi qu’elle avait promue avec une insistance sans pareille en 45, et obtenue en acceptant d’innombrables sacrifices pour elle et pour beaucoup d’autres.
Qu’en feront les successeurs de Monsieur Bush. Aurons-nous encore des États-Unis plus égaux que tous les autres, ou des États-Unis s’inscrivant comme un joueur important, mais quand même un joueur normal dans le cercle des nations ? Que dirait ce grand pays si un autre, moins équipé militairement, s’imaginait de proférer une semblable énormité, et déclenchait un conflit en dépit de l’opinion générale ? L’avenir est incertain, et celui des Américains ténébreux.
JP, l’avocat du diable, Jissey (illustration).
Sources : Politique.com, JP
"L'avocat du Diable", Jissey
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