|
LES DROITS DE L'HOMME ET LA CHINE
- 19
août 2008 -
Le pays le plus peuplé de la terre
a entrepris il y a trente ans une mutation d’une singulière
importance : passer d’un régime d’économie
planifiée par centralisme bureaucratique à un
régime d’économie libérale. En
clair, du communisme au capitalisme.
La mutation est colossale, aucune structure pré-existante
ne servant le projet : dans un pays communiste, par exemple,
personne ne sait calculer un prix de revient, puisque la
notion n’a aucun intérêt, les prix de
vente étant fixés indépendamment des
coûts de production. En régime libéral,
c’est le contraire, mais il faut des années
pour acquérir cette qualification et mettre en place
les procédures et informatique nécessaires.
Entre les deux, c’est la pagaille, l’injustice,
les bonnes fortunes et les pénuries.
Une période intermédiaire de chaos est donc
inévitable : objectifs assignés et moyens à moitié seulement
disponibles. Les dirigeants chinois ont considéré que
les désordres inévitables à cette transformation
allaient mettre la nation en danger ; sauf à préserver
la capacité d’imposer ce qui est temporairement
déplaisant, et de réprimer les revendications
néfastes pour l’évolution souhaitée.
Ils ont donc libéralisé au plus vite l’économie,
non sans une certaine confusion et des arbitraires flagrants
; et, se sont bien gardés d’installer simultanément
la démocratie, conservant un gouvernement totalitaire
tenant tout d’une main rigoureuse et implacable.
Le tout sur une culture et des valeurs qui avaient déjà deux
mille ans d’histoire nationale probante quand les occidentaux
se vêtaient encore de peaux de bêtes et s’étripaient
entre tribus.
Au total, ce que nous appelons "droits de l’homme" est
donc loin d’atteindre en Chine le degré de liberté dont
nous jouissons en France. Certains s’époumonent à les
réclamer pour l’Empire du milieu. Pourtant la
situation y est radicalement différente de chez nous.
La croissance là-bas est nécessaire à un
niveau colossal par rapport à celui dont nous nous
accommodons. Les volontés sécessionnistes de
certaines provinces ou ethnies n’ont rien à voir
avec celles connues en France. Et la démographie y
pose d’autres problèmes.
Imaginons que les dirigeants de Pékin décident
de copier du jour au lendemain nos droits de l’homme
dans toute leur séduisante intégralité.
Parmi ceux-ci en figure un tellement essentiel, et tellement
peu discuté que tout le monde l’oublie. Il est
aussi naturel que le droit de respirer ou de transpirer :
c’est le droit de procréer comme on le souhaite,
et de donner la vie à autant d’enfant que la
nature le permet et qu’on a envie à deux.
Ce droit fondamental n’existe pas en Chine, où la
famille doit être contingentée à un enfant.
N’est-ce pas une abomination ? Pourtant, l’équilibre
tant démographique qu’économique exige
cette limitation. Si elle était abandonnée,
la Chine dépasserait deux milliards d’habitants
dans moins de vingt ans. Est-ce ce que nous voulons ?
Évidemment non… Nous en sommes donc ramenés à dire
que nous espérons voir là-bas certains droits
de l’homme installés, et que nous acceptons
que d’autres ne le soient pas, selon les circonstances
et les besoins. La duplication de tout notre bonheur dans
ce domaine n’est donc pas possible. Nous devons admettre
que les Chinois doivent faire un tri dans notre heureuse
et enviable panoplie.
N’est-ce pas ce qu’entreprennent leurs dirigeants?
Selon leur jugement (différent du nôtre), et
selon leur appréciation des possibilités… Et
si nous acceptons qu’il leur faut faire une sélection,
quel tri allons nous recommander ? Et qui sommes-nous pour
les absoudre sur tel droit tout à coup déclaré secondaire,
et pour les inculper sur tel autre proclamé primordial
?
JP, l’avocat du diable.
Sources : Politique.com, JP
"L'avocat du Diable"
Page
précédente.../ Haut de
page...
|