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LUMIERES DE L'OCCIDENT
Je suis athée et n’accorde qu’une relative
importance au phénomène religieux ; à l’âge
de 12 ans, mes parents m’ont fait « faire ma
communion » pour que « je fasse comme les autres ».
Ma première épouse est catholique pratiquante
et lorsque nous nous sommes connus, ce sujet a soudainement
revêtu une grande importance (je crois même avoir
lu en partie les Evangiles...).
Bref, je suis un mécréant et en suis resté à quelques
valeurs chrétiennes hautement hypothétiques
et vraisemblablement fantaisistes si j’observe les
us et coutumes de mes concitoyens et plus généralement
du monde chrétien : « amour du prochain = aimez-vous
les uns les autres », « détachement des
biens matériels », « esprit de sacrifice » (pris
dans le sens où, bien évidemment, on se sacrifie
pour les autres, pas l’inverse !)...
Mes connaissances théoriques de l’Islam
sont nulles. J’ai vécu quatre années
au Niger (trois ethnies différentes dans le secteur
où j’exerçais)
et, par séjours de 3 ou 4 semaines, 6 mois au Sénégal,
deux pays africains musulmans, sans toutefois avoir jamais
cherché à comprendre la part de l’Islam
et celle de la tradition dans la mentalité des Africains
que j’y ai rencontrés...
Je n’éprouve par ailleurs aucune sympathie
pour aucune forme de dogmatisme religieux, politique ou économique.
Dans son éditorial du 26 juillet
2005 intitulé « Vivre
avec le terrorisme », Jean-Marie Colombani, directeur
du « Monde » écrit notamment : « Car
c’est bien un combat contre les démocraties
et ce qu’elles représentent, liberté de
mœurs, matérialisme, statut de la femme, séparation
résolue du spirituel et du temporel, que mènent
les petits groupes islamistes …/… Mais c’est
toujours le même ennemi : l’Occident, celui des
Lumières »...
Nulle flagellation auto-destructrice de ma part, le monde
occidental n’a pas et n’a pas eu l’exclusivité des
massacres et exactions : selon le Tribunal militaire international
pour l’Extrême Orient, lors de la prise de Nankin,
20 000 viols et de 200 000 à 300 000 personnes tuées
par les japonais en décembre 1937 et janvier 1938
(diverses sources dont « Le Monde diplomatique » d’octobre
2001 et Wikipédia), massacres en Indonésie
en 1965 et 1966, avec toutefois l’active collaboration
de la CIA, de 500 000 « communistes et sympathisants » (Fabrice
Nicolino, Politis du 24 octobre 2002).
Je ne chercherai pas à établir si le bilan
est globalement positif plutôt que globalement négatif
mais m’interrogerai sur la façon dont l’Occident
a pu « éclairer » le Monde. Le christianisme, « le
Siècle des lumières » (XVIII ème)
puis la Déclaration des droits de l'Homme et du citoyen
du 26 août 1789 étaient-ils à ce point
vertueux – dans les faits – qu’on puisse
appeler ainsi notre monde occidental ?
Je n’ai qu’une connaissance
superficielle de l’histoire de « la France » au
cours des 20 derniers siècles mais, comme tout citoyen
lambda, je me souviens de César & Vercingétorix,
de Poitiers (732), des croisades (prise de Jérusalem – et
massacre de ses habitants – le 15 juillet 1099), de
la Croisade des Albigeois (parce que je vais dans le Pays
de Sault – Aude – le pays des Cathares)? de la
guerre de « 30 ans » et de celle, non moins fameuse
de « 100 ans » (7), de Marignan (1515), du massacre
de la Saint-Barthélemy (24 août 1572), de la
traite des Noirs, de la Révolution française,
de la Commune, des deux Napoléons...
Pour ce qui concerne le XXème siècle, mes
connaissances se sont affinées et se sont élargies à l’Europe
et au reste du monde car j’aime à comprendre
pourquoi et comment notre terre est devenue ce qu’elle
est (par exemple, pourquoi ces morts en Irlande du Nord,
au Pays Basque espagnol, pourquoi cette guerre dans l’ex-Yougoslavie
?).
Je crois savoir que les Européens ne se montrèrent
pas particulièrement tendres avec les aborigènes
d’Australie ou les Amérindiens. Est-ce un hasard
si le 500 ème anniversaire de la découverte
de l’Amérique par Christophe Colomb ne fut marqué par
aucune manifestation particulière ?
Les élites politiques et religieuses qui à travers les siècles
ont gouverné l’Europe étaient-elles plus généreuses
avec leurs propres populations ?
La colonisation pour positive qu’elle ait été,
ainsi que l’article 4 de la loi du 23/02/2005 le stipule
désormais (les « programmes scolaires reconnaissent
en particulier le rôle positif de la présence
française outre-mer, notamment en Afrique du Nord »),
et au même titre sans doute que l’occupation
allemande de 1940 à 1945, a apparemment laissé quelques
traces exécrables au sein des populations qui en ont « bénéficié ».
En dépit de la Déclaration des droits de l'Homme
et du citoyen du 26 août 1789 (« Les hommes naissent
et demeurent libres et égaux en droits ») et
de la Déclaration universelle des droits de l´homme
du 10 décembre 1948 (« Tous les êtres
humains naissent libres et égaux en dignité et
en droits »), je doute fort qu’avant leur indépendance,
les Algériens, Sénégalais, Ivoiriens
et autres Indochinois aient été considérés
comme de véritables citoyens français ; je
crois me souvenir qu’ils étaient plutôt
des « indigènes », des domestiques honteusement
exploités, des sous-hommes corvéables à merci…
Les guerres coloniales qui ont suivi sont tout aussi peu
glorieuses, d’autant plus qu’à la guerre
menée contre la puissance coloniale, se greffait une
guerre « civile », entre autochtones partisans
ou opposants, pas toujours volontaires, de quelque côté qu’ils
se trouvaient.
Le terrorisme d’état est une forme de terrorisme
que les médias occidentaux dénoncent ou passent
volontairement sous silence, en fonction du pays dans lequel
il s’exerce. Pour n’en citer que quelques exemples
connus : en Occident l’épouvantable ère
nazie, la plus modeste dictature espagnole de Franco, aux
frontières de l’Europe des 25, la dictature
stalinienne dans l’ex-URSS, plus loin encore Pinochet
au Chili, les Khmers rouges au Cambodge ou le massacre des
Tutsis au Rwanda. En revanche, beaucoup de dictatures civiles,
policières et militaires, en Afrique, en Amérique
du Sud, au Moyen Orient, en Extrême-Orient… souvent
assistées par l’Occident ou bénéficiant
d’une neutralité bienveillante (ce qui leur
a permis de s’établir et de durer) se sont développées,
protégées par une grande discrétion
diplomatique et médiatique.
En France, de 1940 à 1944, les résistants étaient
considérés comme des terroristes et traités
comme tels par les occupants allemands, en Algérie
les « Fellagahs » étaient considérés
comme des terroristes et traités comme tels par les
occupants français, au Vietnam, les Vietcongs étaient
considérés comme des terroristes et traités
comme tels par les occupants français puis américains,
en Afghanistan, les « rebelles » étaient
et sont considérés comme des terroristes et
traités comme tels par les occupants soviétiques
puis américains, en Irak les « rebelles » sont
considérés comme des terroristes et traités
comme tels par les occupants américains et anglais,
en Tchétchénie, les « rebelles » sont
considérés comme des terroristes et traités
comme tels par les occupants russes ; même rigueur
de la part des Chinois pour les Tibétains « rebelles »,
des Israéliens pour les « terroristes » Palestiniens
et ici et là, à travers le monde, de je ne
sais qui pour je ne sais qui...
Tous ces résistants, rebelles et opposants divers étaient
ou sont des « terroristes », non seulement pour
les troupes d’occupation mais aussi pour les gouvernements
qu’elles ont installé au pouvoir.
Dans leur propre pays, des Chiliens sont devenus des « terroristes » après
le coup d’état militaire d’Augusto Pinochet,
les Albanais du Kosovo sont devenus des « terroristes » liquidés
par l’armée serbe… Dans de nombreux états,
cette terreur a récemment été encore
aggravée et banalisée au nom de la lutte contre
le « terrorisme » – diligentée par
les USA et leurs alliés – qui a multiplié exactions,
tortures et disparitions. Cette tyrannie n’est cependant
pas nouvelle ainsi que l’a encore montré Arte
qui programmait le 4 août « Etat de siège »,
un film de Costa-Gavras, tourné en 1973.
Que valent les vies d’un Irakien, d’une Irakienne,
d’un Afghan, d’une Afghane, d’un Vietnamien,
d’une Vietnamienne massacré(e) par les troupes
d’occupation ou leurs alliés locaux, dans l’anonymat
le plus complet, dans l’indifférence médiatique
absolue, au regard de celle d’un ou d’une Britannique,
d’un Américain, d’une Américaine,
d’un Français, d’une Française
dont l’image de la mort envahit le monde télévisuel
occidental ?
Le « mensonge par omission » est une arme redoutable,
habilement utilisée. S’y ajoute une insidieuse
manipulation et désinformation, beaucoup plus efficace
que la propagande somme toute assez grossière des
anciens pays de la sphère communiste. Les plus hauts
dirigeants des états occidentaux peuvent même
se payer le luxe de mentir effrontément face à la
communauté internationale (au hasard, les armes de
destruction massive de l’Irak et les liens de ce pays
avec Al-Qaida), envoyer leurs troupes envahir un pays distant
de plusieurs milliers de kilomètres au prix de quelques
milliers de morts sans importance – pays dont on peut
difficilement imaginer qu’il les menaçait peu
ou prou – sans que ladite communauté internationale
leur en tienne rigueur. N’est-ce pas là un magnifique
exemple d’éclairage morbide ?
Dans son dernier discours, en date du 17
janvier 1962, le Président Eisenhower adressait cette
mise en garde à son
pays : « En tant que gouvernement, nous devons nous
protéger contre toute accusation d’être
sous la coupe du lobby militaro-industriel. .../... Nous
ne devons pas laisser cette combinaison mettre en danger
les libertés et la démocratie ».
Avant d’occuper un pays, les armées occidentales
ne s’attaquent-elles qu’aux seuls objectifs militaires
?
Napalm, bombes à fragmentation, mines anti-personnelles,
dioxine, obus et bombes à l’uranium appauvri,
du Vietnam au Kosovo, du Kosovo à la Serbie, de la
Serbie à l’Afghanistan et à l’Irak,
la science et la technologie de l’Occident mises au
service de destructions massives et/ou aveugles, qui anéantissent
les êtres, longtemps encore après la fin des
conflits.
L’Irak a payé au prix fort son invasion du
Koweït (éclairage cynique de Madeleine Albright
lorsqu'on lui demanda son sentiment face aux 500 000 enfants
irakiens morts « en raison » de l'embargo : « C'est
un choix très difficile, mais nous pensons que ce
prix à payer, oui, en valait la peine. » Source « Le
Monde diplomatique »).
Les USA ont-ils jamais imaginé réparer les
ravages causés au Vietnam, ont-ils payé les
réparations auxquelles ils avaient été condamnés
par la Cour internationale de justice pour la guerre faite
au Nicaragua sandiniste ?
Deux principes de « bonne gouvernance » pour
nos « élites » religieuses, politiques
et militaires ? « Ne jamais faire aux autres ce que
vous ne voudriez pas qu’ils vous fassent » et « commencer
par balayer devant chez soi »... Et bon anniversaire à l’Abbé Pierre. Sources : Politique.com, Alain
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