|
SOMBRES PENSEES, NOMBRES ET PENSEES (C'est
long because les coupures sont rares)...
1. Situation socio-économique en Grande-Bretagne (Politis du 30/06/2005, Jean Gadrey, Professeur émérite à l’Université Lille-1)
: Le taux de chômage officiel est fortement sous-estimé en
Grande-Bretagne par deux phénomènes de « retrait » massifs.
Les « invalides du travail » représentent
plus de 2 millions de personnes, nombre de chômeurs
et surtout de chômeuses ne sont pas pris en compte
: 90% des hommes à la recherche d’un emploi
sont inscrits contre seulement 40% des femmes… Plus
de la moitié des femmes au chômage sont donc
chassées des statistiques et considérées
comme inactives.
Les services publics ne vont toujours
pas bien. L'emploi public avait plongé et ne représentait
plus, au milieu des années 1990, que 12% de l'emploi
total, moins qu'aux États-Unis (14%). II doit se situer
aujourd'hui autour de 13 à 14%, contre 20% en France
et en Belgique et plus de 30% dans les pays nordiques (y
compris au Danemark,
cité par nos dirigeants libéraux...). L'éducation
et la santé restent fortement sous-encadrées
et sous-dotées. Les files d'attentes à l'hôpital
sont toujours très longues, même si elles le
sont un peu moins et les transports restent de piètre
qualité. Les bonnes performances économiques
depuis 1997 n’ont presque pas réduit les inégalités,
la pauvreté et la précarité, domaines
où ce pays reste le plus mauvais élève
de l'Europe des Quinze.
Selon l’indicateur de pauvreté humaine
du Programme des Nations Unies pour le développement
(rapport 2004), le Royaume-Uni est en 15e position dans une
liste de 17 pays développés, et il n'est « battu » que
par l'Irlande et par les Etats-Unis. En tête, là où il
y a le moins de pauvres, on trouve la Suède, la Norvège,
les Pays-Bas, la Finlande et le Danemark. La France est 8e.
Selon l'indicateur synthétique de participation des
femmes à la vie économique et politique, la
Grande-Bretagne est encore plus mal classée : 18°.
Au chapitre des inégalités, le rapport des
revenus des 10% les plus riches à celui des 10% les
plus pauvres, qui est de l'ordre de 5 à 6 dans les
pays nordiques, et de 9 en France, atteint 14 en Grande-Bretagne
(classée 16e), et 16 aux États-Unis. Ces chiffres
datent de la fin des années 1990. La situation a-t-elle
changé depuis 1997 ? Fort peu. C'est le très
sérieux Institute for Fiscal Studies qui l'écrit
: « Les sept années de gouvernement travailliste
ont laissé les inégalités globalement
inchangées ».
Précarité et conditions
de travail enfin : selon l'indicateur de « travail
décent » du Bureau international du travail,
la Grande-Bretagne se classe très loin (16e). Les
emplois à temps partiel court, qui laissent les salariés
sous le seuil de pauvreté, se sont multipliés
dans les services. Et le pourcentage de gens travaillant
plus de 48 heures par semaine atteint 22% (9% en France),
plus qu'aux États-Unis.
2. Le vote des Iraniens pour l’ultra Mahmoud
Ahmadinejad : « Le vote des laissés-pour-compte » (Azadeh
Kian-Thiebaut, politologue au CNRS, Politis du 30/06/2005)
: Les électeurs Ahmadinejad ont été séduits
par sa volonté de réduire l’écart
entre les riches et les pauvres qui n'a cessé de se
creuser depuis le début de la Révolution. S’il
est vrai que les revendications sur les libertés individuelles
existent, elles concernent essentiellement les classes moyennes
et aisées des grandes villes. En province, à la
campagne, le premier souci des jeunes est de sortir du chômage
et de la pauvreté.
Ce sont eux qui ont voté pour
Ahmadinejad, les laissés-pour-compte de la politique
d'ajustements structurels, mise en place par le président
Rafsandjani dans les années 1990 et continuée
sous Khatami. Même si ce dernier, à partir des
années 2000, a mis en place une politique sociale.
L'objectif de Rafsandjani était de réduire
les dépenses de l'État, en embauchant moins
de jeunes diplômés et en privatisant les entreprises
publiques. Mais ces privatisations ont uniquement profité aux
proches du pouvoir qui ont racheté à très
bas prix des entreprises. Depuis, il n'y a pas suffisamment
de création d'emplois. Chaque année, il en
faudrait 1,2 million pour absorber le taux de chômage,
notamment celui des jeunes (entre 33 et 40%), alors que seuls
300 000 emplois par an sont créés en moyenne.
Parmi cette armée de chômeurs, beaucoup de jeunes
diplômés (l'Iran compte 1,5 million d'étudiants)
ne sont plus absorbés par le secteur public, ni par
le secteur privé .../...
La méritocratie
et la lutte contre le népotisme sont les autres thèmes
porteurs. Ahmadinejad est l'exemple même de cette méritocratie
: issu d'une famille très pauvre, il a fait des études
supérieures et est devenu professeur à l'université,
puis maire et enfin Président. Quant au népotisme,
il faut savoir que la plupart des postes de fonctionnaires
sont attribués à des proches du pouvoir. Or,
son adversaire, M. Rafsandjani, représente l'homme
riche et corrompu de l'Iran, si bien que nombre d'opposants à Ahmadinejad
n'ont pu se résoudre à voter Rafsandjani et
ont refusé la volte-face des réformateurs qui,
après avoir sévèrement critiqué Rafsandjani,
ont appelé à le soutenir. En somme, l'électorat
d'Ahmadinejad est très hétérogène,
avec des revendications très variées. Ceux
qui ont voté pour une meilleure ascension sociale,
pour profiter eux aussi de la rente pétrolière
ne sont pas nécessairement intégristes, n'aspirent
pas à une politique répressive…
2. Bis (Le bloc-notes de Bernard
Langlois, Politis du 30/06/2005) : Qu'on m'entende bien :
je ne suis pas là, pour le
plaisir de m'inscrire à rebours de toute la corporation,
en train de vous vanter les mérites du nouveau chef
d'État iranien ; ni à saluer un retour aux
sources de la révolution khomeinyste qui annonce probablement
de nouveaux durcissements, notamment sur le plan intérieur,
dont les femmes seront les premières victimes.
Je réfléchis
juste à voix haute sur
cette étrange propension à croire, nous autres
démocraties, à l'universalité de notre
modèle et à l'irrésistible attrait qu'il
peut (doit !) avoir pour tous les peuples de la planète
encore soumis à des formes diverses d’obscurantisme
et de despotisme, en lien direct avec une misère matérielle
persistante, voire en expansion ; sur l’illusion que
nous entretenons, sous prétexte qu’une frange
de ces peuples, très minoritaire - une bourgeoisie
compradore, celle qui, par définition, entretient
des liens avec nous - adopte avec délices les mœurs,
modes et valeurs occidentales (ce qui, du reste, ne date
pas d’hier) de croire à l'avancée inéluctable
de nos formes d'organisation sociale, de nos modèles économique
et politique : la fin de l'histoire, en somme, sous la bannière
double de la mondialisation capitaliste et de la démocratie
parlementaire ; avec en prime, quand les choses ne vont pas
assez vite à notre goût, la prétention
d'en avancer le cours à la mode yankee, par le fer
et le feu.
La réaction la plus comique au vote iranien
venant, en l'occurrence et sans surprise, de Washington : « Nous
n’avons rien vu qui nous dissuade de penser, a déclaré le
porte-parole du département d'État, que l'Iran
est déphasé par rapport au reste de la région
et aux tendances actuelles vers la liberté qui ont été si
visibles en Irak, en Afghanistan et au Liban. » 3. Avis éclairé sur le vote du
29 mai (Le
bloc-notes de Bernard Langlois, Politis du 30/06/2005) :
Celui du chanteur-écrivain bobo Yves Simon, chroniqueur à Chorus.
Clamant sa «tristesse» au soir du 29 mai (ce
qui est bien son droit), il demande à ses lecteurs
de lui pardonner « un délit de faciès » qu'il
commet illico en disant « détester les visages
de Le Pen (père et fille), Mélenchon, Besancenot,
Emmanuelli, de Villiers ; ces véhicules du vote protestataire
qui pourrissent le déroulement du vote en démocratie ».
Et cet exemplaire représentant de « l'élite » (membre,
si je ne m'abuse, du comité socialiste pour le « oui »)
d'ajouter : « Je sais que les Français n'ont
pas les mêmes critères esthétiques que
moi, puisqu’ils ont voté pour les tenants du « non » sans
se dégoûter de leurs visages ».
4. Génération cancer (André Cicolella,
Politis du 30/06/2005) :
Aujourd’hui nous sommes en situation d'échec
: un homme sur deux, une femme sur trois sont atteints. Le
cancer représente 26,9% des causes de mortalité contre
3,5% en 1906, et est la première pour les moins de
65 ans. La génération du baby-boom est en train
de se transformer en génération cancer. On
nous explique qu'il s'agirait d'un effet du vieillissement.
Pourtant, la démographie n'explique que 28% de l’augmentation
de 63% observée entre 1980 et 2000. Sur les trois
dernières décennies, la croissance annuelle
en Europe a été de 1% pour les enfants et de
1,5% pour les adolescents. C'est donc bien notre environnement
qui est en cause, et c'est la preuve que nous ne le maîtrisons
pas.
Qu'en sera-t-il quand cette génération
arrivera à l'âge adulte ? Une étude publiée
en 2000 sur des jumeaux de Suède, de Finlande et du
Danemark montre que l'environnement explique entre 58% et
100% des cancers de la prostate, colorectal, du sein ou de
l'utérus - dans lesquels le tabagisme ne joue aucun
rôle ! Et en France ? On ne peut rien dire, nous n'avons
pas de registres de jumeaux. Le plan cancer n’en prévoit
pas. Ce serait pourtant très utile de comprendre pourquoi
le taux est plus élevé de 50% dans le Nord-Pas-de-Calais
qu’en Midi-Pyrénées, pourquoi les ouvriers
et les employés ont trois fois plus de cancers que
les cadres supérieurs et les professions libérales.
Face à cette épidémie,
le plan cancer axe surtout son action sur le tabac : neuf
mesures sur vingt,
contre deux seulement sur la pollution environnementale et
professionnelle ! Car tout ça, bien sûr, c’est
de la faute au mode de vie des gens, surtout pas celle des
industries polluantes ! L’industrie chimique continue
son lobbying pour réduire la portée du projet
de règlement européen Reach, qui obligera les
industriels à évaluer les risques des 100 000
substances mises sur le marché (3% seulement aujourd'hui).
De tout cela, le plan cancer ne souffle mot.
Les leçons
de l'amiante n'ont pas été tirées. Le
parrain politique du plan cancer, Jacques Chirac, s'était
plaint des charges que Reach ferait peser sur la chimie nationale.
Or, il en coûterait quelque trois milliards d'euros
sur onze ans. À comparer aux neuf milliards d'euros
de bénéfices de Total pour la seule année
2004 ! La lutte contre le cancer est aussi et surtout une
question de volonté politique. En France, on en reste à la
poudre aux yeux. 5. Si ma mémoire est bonne, déclaration de
la nouvelle présidente du MEDEF (JT de 20h sur A2
le 05/07/2005) : « La liberté de penser s’arrête
là où commence le droit du travail. » Aurait-elle
eu une chance d’être élue présidente
de l’Iran ?
6. Brésil (05/07/2005 sur ARTE, 20h45-22h45) : 120
millions « d’oubliés » sur 170 ;
moins de 1% de la population (30 000 familles) détient
44 % des terres ; plus de 30 000 travailleurs-esclaves. Va-t-on
y envoyer la nouvelle présidente du MEDEF pour remplacer
Lulla ?
Sources : Politique.com, Alain
Page
précédente.../ Haut de
page...
|
 |

|
 |