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BREVES DE BUREAU

Socialisme, Qué zako ? Qué sarko ?

Kushny, vrai ou faucon ? :
17/09/2007, bien calé dans le fauteuil, je relisais dans "Le Monde diplomatique" d’août 2007 l’article de Denis Duclos 1 ("Le spectre de l’Occident paralyse la pensée" qui commence ainsi : « L’administration américaine, qui fonde sa vision du monde sur le "choc des civilisations", s’en sert aussi comme d’un carcan pour tenir ses alliés. Qu’il s’agisse de la relance du non-alignement au Sud ou des défis planétaires liés à l’environnement, l’épouvantail du terrorisme empêche la gauche de saisir des possibilités de sursaut inédites.") lorsque j’entendis soudainement Kushny ("la voix de son maître" en langue séminole 2), le ministre étranger aux affaires de Bushy, parler de possibilité de guerre contre l’Iran, en toute dernière extrémité bien évidemment.

Tout ça parce que le gouvernement iranien veut à tout prix avoir sa bombinette, comme l’Inde, Israël ou le Pakistan. Et tu voudrais nous faire accroire qu’il menacerait "l’Occident"… Oh Kushny, c’est parce que Ben Laden a ajouté Bushy à Bush et Blair dans sa liste des grands méchants loups que tu piques ta crise ? Faut immédiatement que t’arrêtes les psychotropes et que t’ailles voir ton toubib !

Il faut reconnaître que t’as pas mal navigué mais je ne te connaissais pas jusqu’à présent une si mâle et virile assurance (en cas de guerre, si t’accompagnes ton maître à penser Bushy en première ligne, fais gaffe à tes gambettes, depuis la dernière avec l’Irak, y’a sans doute encore pas mal de mines antipersonnelles qui traînent en Iran). PC, PS, PRG, PS à nouveau, secrétaire d’état, ministre pour le compte de la "gauche" puis pour celui de Bushy, Médecins sans frontières (cofondateur avec 12 autres toubibs) en 1971 puis rupture et création de Médecins du Monde avec d’autres en 1980, puis favorable à l'intervention américaine en Irak…3

N’est-ce pas toi qui écrivais avec Antoine Veil dans " Le Monde" du 04/02/2003 : "Le raisonnement politique cède à la stratégie virile du bras de fer. À continuer ainsi, la guerre est pour demain. On n’aura rien tenté de réaliste et de convaincant pour l’éviter, on n’aura pas essayé d’inventer une politique vigoureuse qui organise le départ de Saddam, sans recourir aux bombardements. On n’aura pas voulu entendre le peuple irakien." ?

Et on ne pourra pas davantage entendre les quelque 70 000 civils irakiens tués depuis l’occupation américaine (FR3, JT de 12h30, 20/09/2007), chiffre avancé lors de l’évocation de 11 nouveaux civils (qui auraient été) tués par les mercenaires qui protègent les intérêts "américano/occidentaux" en Irak (quelque 100 000 selon la même source). Lorsque la mort (celle des autres bien sûr) se résume à des chiffres ou des statistiques, c’est qu’une grande part d’humanité a déjà foutu le camp.

En France, le mot "socialisme" a-t-il encore un sens ? T’as raison Kushny, y’a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis. Même moi j’ai changé, du stade de soixante-huitard à celui de soixante-huitard attardé, t’imagines ! De la mouvance PSU (Dieu accepte les cendres rocardiennes) à l’écolo-altermondialisme en 40 ans ! Mais passer sans coup férir, comme toi et tes copains Besson et Bockel, du "socialisme" au bushisme, chapeau, ça c’est vraiment fort !

Remarque, y’a aussi ton ex-peut-être-futur-copain Strauss-Kahn 4 qui vise la direction du FMI. Quand on connaît le pouvoir de nuisance, les dégâts socio-économiques passés, présents et futurs de cet organisme et d’autres joyeux drilles (OMC, Banque mondiale) sur les pays pauvres, en voie ou plutôt en panne de développement, on peut se demander ce qu’un "socialiste" peut bien aller foutre à la tête de cet outil du néolibéralisme. Aboutissement d’une carrière, besoin d’une reconnaissance internationale ?

Est-il encore "socialiste" ton autre copain Jean-Dominique Comolli, ancien des cabinets de Mauroy, Fabius, Bérégovoy et Charasse dont "Le Canard enchaîné" du 08/08/2007 retrace la riche carrière ? Bombardé PDG de la Seita (alors entreprise et monopole d’Etat) en 1993, avec un misérable salaire mensuel plafonné à moins de 15 000 euros. Privatisation en 1995, premiers plans sociaux et salaire annuel atteignant 1 000 000 d’euros. En 1998, fusion avec une firme espagnole, 1 200 000 d’euros annuels en 2002, 1 276 emplois supprimés en 2003.

En juillet 2007, OPA d’Imperial Tobacco pour 12,8 milliards d’euros : grâce à ses stock-options et ses actions gratuites, Monsieur Comolli peut espérer gagner quelque 6,2 millions d’euros, il touchera 485 000 euros de pension annuelle. C’est tout à fait normal, Monsieur Comolli travaillait plus, il était normal qu’il gagnât davantage. Je ne sais pas si c’est meilleur pour vos petits poumons mais quand vous fumez une Gauloise, vous fumez désormais anglo-saxon.

La réponse à ma question que je me remercie de m’être posée à moi-même : pour certains, le "socialisme" a un sens giratoire, pour tourner et retourner sa veste, et un sens unique qui conduit à l’autoroute du fric et du pouvoir.

Coluche avait tort de se moquer des Belges, leurs analyses sont souvent bien plus pertinentes que les nôtres (article de Jean Bricmont – professeur de physique théorique à l’Unif de Louvain – Le Monde diplomatique d’août 2007) : "Ayant dû tourner le dos à son programme (après sa victoire de 1981, NDR), après deux ans de gouvernement, la gauche n’a plus rien eu à proposer en matière de politiques socio-économiques.

Elle a fait, au mieux, du néolibéralisme sans enthousiasme, et son discours est devenu purement moralisateur, mettant en avant des "valeurs" antiracistes, féministes, antifascistes, etc., qui sont supposées la distinguer de la droite.

Sur le plan pratique, la principale initiative de la gauche a été de se lancer dans la "construction européenne". Laquelle a eu pour principal effet de rendre impossible toute alternative au néolibéralisme.

Les socialistes et les Verts, en encourageant cette construction au nom de leurs "valeurs", principalement l’antinationalisme, ont mis en place un dispositif institutionnel visant à les prémunir contre leurs propres audaces, ou plutôt contre celles de leur base. L’idée étant d’isoler le processus politique de l’influence des citoyens, en confiant un maximum de décisions à une bureaucratie non élue et ouverte à l’influence de tous les groupes de pression privés. Les élections peuvent continuer à avoir lieu, elles n’ont que peu d’importance (…)

Il n’est pas étonnant qu’à ce jeu-là la droite la plus dure l’emporte. Elle possède son propre discours sur les "valeurs ", la discipline, l’ordre, la nation, etc., qui est bien plus populaire que celui de la gauche sur les minorités. Après tout, les discours sur les valeurs ont le plus souvent pour fonction de permettre à ceux qui les tiennent de se donner bonne conscience à bon marché (…)

Et pour la plupart des gens, il est plus facile de se dire qu’on est un "bon Français" plutôt qu’un bon "antiraciste". Au demeurant, la politique économique de la droite est en parfait accord avec celle des structures européennes mises en place par la gauche et les Verts. (…)

Tous les mouvements politiques couronnés de succès sont ceux qui croient à ce qu’ils disent. (…) Dans la mesure où la gauche ne fait que plaider pour une politique de droite modérée, elle n’a aucune chance de l’emporter. Pour changer cela, il faut commencer par revenir à ce qui est la racine du conflit entre la gauche et la droite (…), la question fondamentale du contrôle de l’économie."»

Wolinski : "Quand la droite est au pouvoir elle nous les gonfle, quand c’est la gauche elle se dégonfle" (La morale, le cherche midi éditeur, 1992).

1 : sociologue, directeur d’études au CNRS,
2 : traduction aussi fantaisiste que "Bushy",
3 : Commentaire d’Emmanuel Todd : "Son intervention ravive une interrogation personnelle qui date de la guerre d'Irak ; quelle peut être la psychologie d'un médecin qui manifeste une préférence stable pour la guerre ?" (Marianne, 18/09/2007),
4 : marrant, selon Wikipedia, au début des années 1970, se lie avec Denis Kessler, alors militant à l’UNEF et à la Gauche prolétarienne et plus récemment ex vice-président du MEDEF. Quand je vous dis que seuls les imbéciles…

Sources : Politique.com, Alain

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