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LE PROCESSUS D'ADHESION DE LA TURQUIE
A L'UE
Véritable saut dans l’inconnu,
le lancement du processus d’adhésion de la Turquie à l’Union
européenne soulève déjà une interrogation
de taille : est-ce la fin de l’espoir d’une Europe
politiquement réunie ?
Petit rappel d'une histoire tumultueuse…
- 12 septembre 1963 : accord d’association entre la CEE et la Turquie
prévoyant l’établissement progressif d’une union
douanière.
- 1980-1986 : Le coup d’état en Turquie gèle l’accord
d’association.
- 14 avril 1987 : Candidature officielle de la Turquie.
- 18 décembre 1989 : Rejet par la Commission de la demande.
- 6 mars 1995 : Un accord d’union douanière entre l’Union
européenne et Ankara est conclu.
- 13 décembre 1997 : Officiellement écartée du processus
d’adhésion, la Turquie annonce la fin du dialogue politique avec
l’UE.
- Décembre 1999 : Les Quinze pays membres accordent le statut de candidat à la
Turquie.
- 17 décembre 2004 : L’ouverture des négociations d’adhésion à partir
du 3 octobre 2005 est décidée par les Vingt-Cinq.
- 3 octobre 2005 : ouverture des négociations.
Parvenus à un accord in-extremis, les Vingt-Cinq
prennent désormais le risque de stopper
l’intégration
européenne et de même
de déstabiliser
la Turquie en lui imposant des conditions drastiques
pour répondre aux standards juridiques et socio-économiques
de l’Union.
Comment un pays relativement pauvre de 73 millions
d’habitants va-t-il
pouvoir absorber normes, traités et principes de
liberté conformes aux critères
occidentaux, le tout encadré par un calendrier des
plus serrés
? Comment accueillir (et faire accepter par les citoyens
européens) un peuple, géographiquement situé en
dehors du continent et d’une culture si différente
?
Longtemps opposée à l’entrée
des Turcs dans l’UE, l’Autriche a finalement
donné son accord moyennant que la "capacité d’absorption"
du pays soit considérée comme un des critères
essentiels des négociations : s’ajoute à cela
la nécessité de maintenir le processus
de réformes et d’aller plus loin dans l’amélioration
du respect des principes de liberté, de démocratie
et de droit.
Dans un autre registre, Vienne a également obtenu
que soient entamées dès à présent
les négociations pour permettre à la
Croatie de rejoindre l’Union européenne (vraisemblablement
dès 2008) malgré la coopération pour
le moins minimale de ce pays en matière de chasse
aux criminels de guerre (suite au conflit avec la Serbie).
Le rôle en coulisses des Etats-unis est plus obscur
: Washington a observé "de très près"
les discussions tout en maintenant un contact étroit
avec les gouvernements turcs et autrichiens. Il est vrai
que les
USA, d’un point de vue purement géopolitique,
ont tout intérêt à ce que l’Union
européenne s’élargisse avec un pays allié dont
l’intégration sera longue et coûteuse.
Quoiqu’il en soit, le choix européen est empreint
d’une vision singulière de la démocratie.
Aucun pays membre n’a avalisé l'adhésion après
consultation de l’ensemble de ses citoyens alors
même
que toutes les opinions publiques concernées
lui sont majoritairement opposées (derniers
sondages d’octobre
2005 : A la question "Etes-vous
pour ou contre l’entrée de la Turquie dans l’UE"
80% des Autrichiens sont contre, tout comme 74% des Allemands
et 60% des Français).
Le Parlement européen a d'ailleurs refusé de ratifier l'extension
de l'accord d'union douanière avec Ankara au vu
des craintes populaires suscitées par l'élargissement, et
du double refus turc de reconnaître Chypre
et la réalité du génocide arménien.
A décharge, l’entrée de l’ancien "homme
malade de l’Europe" présente
bien des côtés positifs : confrontée à un
problème de vieillissement de sa population, l’UE
verrait ainsi un pays à la démographie
dynamique intégrer son marché intérieur,
pourrait montrer au monde musulman qu’elle n’est
pas un "club
chrétien" et s’ouvrir un accès
stratégique au Moyen-orient.
Rappelons que la Turquie, grâce au prolongement de
l’action de Kemal Atatürk, se voit dotée d’un exécutif
fort et d'un attachement viscéral
au principe de laïcité.
Après
avoir donné le
droit de vote aux femmes vingt ans avant la France,
le politique a pris la décision courageuse d'abolir
la peine de mort et de laisser les Kurdes (minorité
de 16 millions de personnes) organiser des cours privés dans
leur langue,
tout en leur ménageant du temps d'antenne sur la chaîne de
télévision officielle (TRT) en kurde.
Sur le plan économique, les décisions prises d’ouvrir
le capital des entreprises publiques ont revitalisé le pays
en favorisant les investissements financiers
étrangers, notamment
dans le
secteur
bancaire, du
BTP et des industries
lourdes. L'inflation a nettement reculé (de 54% en 2001 à
9% aujourd'hui), le déficit public est passé dans le même
temps de 16% à 4,5% du PIB et la dette de la Turquie est
désormais de 69% du PIB, de peu supérieure à celle de la
France. Enfin, droit fiscal et social (Code du travail,
indemnité-chômage...) ont été profondément remaniés, tandis
que l'année 2003 a vu la création des premiers fonds de pension
locaux.
Venez réagir sur le Forum : c’est ici :^)
Et ausi un petit rappel
chronologique sur l'histoire de la jeune Union européenne...
Sources : Politique.com, AFP.
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