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NAISSANCE DE LA IVEME REPUBLIQUE

  • En résumé

La IVème République fit jusqu'à la fin des années quatre-vingt l’objet d’une condamnation systématique, laissant le souvenir d’une période marquée par les divisions et une instabilité ministérielle chronique.

Pourtant, son bilan, aujourd’hui réexaminé, fait apparaître des réalisations importantes : la reconstruction d’un pays dévasté par quatre années de guerre, un essor économique sans précédent, la fondation de l’Europe communautaire, la gestion de la majeure partie de la décolonisation et, en matière de politique intérieure, l’accès du droit de vote aux femmes.

Il est donc judicieux de s’intéresser à la naissance de la période institutionnelle qui allait remettre une France détruite pendant la guerre sur un chemin plus fort aussi bien politiquement, que socialement, économiquement ou culturellement.

  • Le contexte d’après guerre

Depuis 1943, avec les défaites allemandes et japonaises qui s’accumulaient, avec l’adhésion de plus en plus considérable des Français à la Résistance, la légitimité du Comité français de libération nationale (CFLN) et de son chef, le général de Gaulle, était devenue incontestable.

Le 2 juin 1944, le CFLN devint le Gouvernement provisoire de la République française (GPRF). La Résistance intérieure, difficilement unifiée, avait d’autre part publié, le 15 mars 1944, une directive contenant le programme politique et économique de la Libération. L’opération Overlord du 6 juin 1944, l’arrivée de De Gaulle à Courseulles le 14, le débarquement de la 2e DB le 1er août et, du 19 au 24, la libération de Paris permirent l’installation effective du GPRF.

Sur le plan politique, trois problèmes se posèrent immédiatement :
- celui de la poursuite de la guerre,
- celui de la transition entre l’État français et la république réinstallée,
- celui, enfin, du retour à la paix dans une France où les vainqueurs civils étaient des résistants armés et dotés, souvent, de solides et contradictoires espérances politiques.

Concernant le problème de la transition entre l’État français et la république, plusieurs options furent confrontées sur le terrain et au sommet de l’État.

Les communistes, auréolés par leur rôle dans la Résistance, souhaitaient jouer les premiers rôles dans la vie politique, encouragés en cela par Moscou. Les socialistes et les démocrates centristes souhaitaient de nouvelles institutions laissant, comme au temps de la IIIème République, un primat au législatif.

A contrario, De Gaulle et ses alliés voulaient que les nouvelles institutions donnent une puissance nouvelle à l’exécutif.

Après la Libération, et suite à l’épuration sauvage ("la justice au coin du bois"), le général de Gaulle envoya dans les départements des commissaires de la République et les comités de liaison assuraient tant bien que mal l’autorité du GPRF en se substituant aux préfets de l’État français.

Le 2 septembre 1944 se tenait à Paris le premier Conseil des ministres du GPRF.

Le 5 octobre, une ordonnance du "ministère d’unanimité nationale" (présidé par de Gaulle, avec deux communistes, des socialistes, des anciens de la IIIe République) accordait le droit de vote aux femmes qui l’exercèrent dès le mois de mars 1945, lors des élections municipales.

L’Assemblée consultative provisoire, créée à Alger puis transférée à Paris, céda la place le 21 octobre 1945 à une Assemblée constituante imposée par de Gaulle, élue à la proportionnelle et dominée par la gauche et le Mouvement républicain populaire (MRP), mouvement démocrate-chrétien issu de la Résistance.

Communistes, socialistes de la Section française de l’Internationale ouvrière (SFIO) et MRP s’allièrent pour gouverner, Maurice Thorez devenant ministre d’État : le tripartisme devenait susceptible de contrebalancer l’autorité du général de Gaulle. La rupture entre celui-ci et le Gouvernement intervint assez vite : il démissionna le 20 janvier 1946.

Au lendemain du rejet par référendum d’un retour à la IIIème République, des institutions nouvelles furent rapidement créées :
- un premier projet constitutionnel soutenu par les socialistes et les communistes fut voté le 19 avril 1946 par l’Assemblée, mais rejeté par référendum le 5 mai,
- le 2 juin, une nouvelle Assemblée fut élue dans laquelle radicaux et MRP étaient mieux représentés au détriment surtout des socialistes,
- le 29 septembre, un nouveau projet était adopté par l’Assemblée, puis entériné par référendum le 13 octobre. Les premières élections législatives eurent lieu dès le 10 novembre.

La Constitution venait de fait encadrer des institutions fondamentales que le GPRF instaura entre 1945 et 1946 : de l’École nationale d’administration (ENA) au Commissariat général au Plan, de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) à la Sécurité sociale, aux allocations familiales et aux caisses de retraite, l’activité "créatrice" fut remarquable et adaptée aux besoins d'alors.

  • La mise en place des institutions

Précédée d’un préambule, à l’occasion duquel la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen est restaurée dans le même temps où les droits sociaux sont appelés à la compléter, la Constitution du 27 octobre 1946, dans sa volonté de s’opposer à celle de 1875, devait succomber au mimétisme. La souveraineté parlementaire s’y affirme autant que le régime d’assemblée, en dépit d’une tentative de rationalisation de l’activité des pouvoirs publics.

Le Parlement se compose de deux assemblées :
- l’Assemblée nationale qui prend la suite de la Chambre des députés,
- le Conseil de la République qui succède au Sénat.

L’Assemblée nationale est élue à la proportionnelle au suffrage universel direct. Toutefois, par la suite, afin de résister à la double poussée des communistes et des gaullistes, qui, à partir de 1947, constitue une menace pour le régime, la loi du 9 mai 1951 insère un élément majoritaire : les listes apparentées dans un département enlèvent tous les sièges si elles obtiennent ensemble la majorité absolue, quitte, ensuite, à se partager ces sièges au prorata des suffrages obtenus par chacune.

Ce système permet à la troisième force, coalition centriste, composée des socialistes, du MRP et des radicaux, de gagner les élections de 1951. C’est entre les mains de l’Assemblée que se trouvent tous les pouvoirs du Parlement. Il légifère librement.

Le Conseil de la République est composé par les grands électeurs issus des conseils municipaux, ainsi que des représentants des grandes villes. Ce conseil participe aux choix d’un chef d’Etat et à la désignation des membres d’un certain nombre de grands corps. Mais il ne possède plus le contrôle politique du gouvernement, et dans le domaine législatif, il n’a plus que le rôle d’une Chambre de réflexion, c'est-à-dire un rôle de consultation.

L’exécutif demeure bicéphale : il existe d’un côté le Président de la République et de l’autre le Président du Conseil et des ministres d’un autre côté.

Le Président de la République est toujours élu pour sept ans mais n’est plus rééligible qu’une fois. Il perd au bénéfice du Président du Conseil bon nombre de prérogatives que la Constitution de 1875 lui reconnaissait, mais dont il n’avait plus l’usage. En contrepartie, il préside le Conseil supérieur de la magistrature et l’Union Française. Le Président du Conseil devient juridiquement le vrai chef de l’exécutif. C’est là un élément de l’effort de rationalisation du parlementarisme entrepris en 1946.

  • Conclusion

Moins qu’à des institutions somme toute démocratiques, moins qu’à un personnel politique somme toute durable, moins qu’à la seule crise algérienne, la IVème République avait dû sa chute au choc d’une conception nationale de la politique confrontée à l’échelle planétaire désormais seule valide : la guerre froide, la décolonisation, la pression économique liée à l’expansion des Trente Glorieuses posaient aux institutions et aux politiques des questions d’ampleur nouvelle que la IVème République permit de mieux connaître, voire de mieux maîtriser.

Le retour de De Gaulle, incarnation d’un passé glorieux, portait aussi une nouvelle conception de l’État au pouvoir, un État dont la raison, supérieure aux contradictions d’une opinion publique toujours bigarrée, saurait s’imposer.

La IVème République a su adapter la France au sortir de l'après-guerre sans toutefois avoir su s'adapter aux défis induits par le monde nouveau qui se met alors en place.

Auteur : M. Creux pour Politique.com.

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