Actualité politique en France et à l'étranger
Donner, c'est agir
A propos     Actualité     Ressources     Dossiers     Forum     Contact     Accueil  

Plan du site
Dessins & Caricatures
Revue de presse
Forum

DISCOURS DE MICHEL DEBRE DEVANT LE CONSEIL D'ETAT - 27 août 1958 -

  • Synthèse du discours

Michel Debré débute son discours avec le constat d'une France affaiblie, menacée dans sa puissance et son indépendance. Il fait bien-sûr allusion à la guerre d'Algérie que la IVe République ne parvient pas à régler.

En outre, il voit dans les institutions mêmes de la IVe République et dans les comportements politiques qu'ils l'ont accompagnée une cause centrale de cette défaillance. Par conséquent, il considère que la France et surtout l'Etat (y compris ses possessions en outre-mer) sont à reconstruire et que la Constitution doit permettre cette transformation. Il conclut son introduction en affirmant le caractère parlementaire du régime qu'il souhaite construire.

Donner à la France un régime parlementaire
Tout d'abord, Michel Debré explique comment le régime d'assemblée et le régime présidentiel sont inadaptés sinon dangereux pour la France.

L'impossible régime d'assemblée
Michel Debré dénonce le caractère dangereux d'un régime conventionnel dans lequel l'Assemblée, siégeant en quasi-permanence, a le monopole du pouvoir législatif et exécutif (le Gouvernement étant à la merci de l'Assemblée). Bref, l'Assemblée jouit de tous les pouvoirs et n'a pas à se soucier d'hypothétiques contre-pouvoirs. Malgré tous les efforts mis en œuvre (seconde chambre), la France n'a pu se dégager de ce régime d'assemblée qui est cause de l'instabilité ministérielle qu'elle a connue sous les IIIe et IVe République.

Les difficultés majeures du régime présidentiel
Le régime présidentiel s'oppose au régime d'assemblée par le pouvoir donné au chef de l'Etat élu au suffrage universel. Les pouvoirs législatif et exécutif sont clairement séparés, il n'y a pas d'interactions, si ce n'est le droit de veto dont peut jouir le chef de l'Etat. En outre, un pouvoir judiciaire indépendant protège les citoyens d'un possible arbitraire du chef de l'Etat.
Michel Debré exprime l'utilité d'un tel régime qui permettrait à la France d'avoir enfin un chef et de sortir de "l'anarchie" du régime conventionnel.

Cependant, le régime présidentiel ne serait pas en phase avec la tradition politique française qui veut que l'Assemblée jouisse de pouvoirs politiques réels. En outre, si élection au suffrage universel du Président il devait y avoir, alors tous les Français qu'ils soient de métropole, d'Algérie, d'Afrique noire, de Madagascar ou des îles du Pacifique disposeraient chacun d'une voix, ce qui sur-représenterait l'outre-mer.

Qui plus est, implicitement, Michel Debré exprime sa crainte de voir élu un Président communiste, ce qui pourrait être compréhensible après les difficultés connues par les Français dans les dernières années. Bref, le régime présidentiel serait une alternative dangereuse pour la France.

Les conditions du régime parlementaire
Entre le régime d'assemblée et le régime présidentiel qu'il refuse, Michel Debré ne voit plus que le régime parlementaire, qui est à mi-chemin entre les deux autres formules par la collaboration des pouvoirs qu'il implique : Chef de l'Etat et Parlement sont séparés et le Gouvernement issu du premier est responsable devant le second. Certes, il y aurait partage des attributions, mais la collaboration permettrait de régler les conflits.

Le régime parlementaire doit être installé par quatre séries de mesures :

Un strict régime de sessions
Les assemblées ne siègent pas en permanence mais en sessions, de manière à ce que le Gouvernement ait le temps d'agir et de réfléchir. Il y aurait, dans le projet de constitution proposé, une session à l'automne de deux mois et demi destinée surtout au budget et une autre de trois mois, au printemps, destinée surtout au travail législatif. Les sessions peuvent être prolongées si dépôts de censure il y a ou si le Gouvernement tarde à déposer le budget.

Un effort pour définir le domaine de la loi
Il y avait, sous la IIIe et la IVe République confusion entre loi, règlement et mesure individuelle, si bien que le travail parlementaire était bridé par le fait que le Parlement devait voter pour des choses ne relevant normalement pas de son attribution. A contrario, le Gouvernement arbitrait pour des domaines qui normalement devaient relever de la loi, si bien que des décisions étaient prises sans aucune consultation. Michel Debré souligne donc l'importance de définir le domaine du Parlement pour ne pas retomber dans ce système contre-productif et anti-démocratique et assurer une juste répartition des tâches.

Ainsi, ce qui a trait aux libertés publiques, aux droits individuels, aux pouvoirs publics, aux structures fondamentales de l'Etat, au budget, aux traités importants, à la guerre ne doit être réglementé que par la loi. Le domaine de la loi ainsi défini donne une large place aux règlements gouvernementaux. En outre, le Gouvernement est doté d'une arme pour éviter des empiètements à venir : l'exception d'irrecevabilité que l'Assemblée peut contester faisant ainsi appel à l'arbitrage du Conseil Constitutionnel.
Enfin, le Gouvernement peut accepter une intervention parlementaire hors le domaine de la loi tout comme le Parlement peut déléguer au Gouvernement, pour une durée déterminée, le droit de statuer en matière législative.

Une réorganisation profonde de la procédure législative et budgétaire
Ce qui caractérisait le régime d'assemblée étaient ses procédures législatives et budgétaires. Pour briser la logique d'assemblée, Michel Debré envisage un rôle plus important donné au Gouvernement.
Ainsi, celui-ci peut faire passer en priorité ses projets de lois en déterminant les ordres du jour, en contre-partie une session est réservée aux questions des parlementaires au Gouvernement (ce qui permet à l'opposition d'intervenir).
Afin de réduire la toute puissance de l'assemblée et de ses commissions permanentes celles-ci sont réduites à six et ne peuvent imposer leurs textes, elles contrôlent juste les propositions du Gouvernement.

Comme dans les institutions de 1875, pour éviter l'arbitraire d'une assemblée, les lois doivent être votées par deux assemblées. Pour éviter les amendements qui embouteillent parfois les votes, le Gouvernement peut demander un vote d'ensemble ou hâter le vote en provoquant, après la première lecture des deux chambres, la réunion d'une commission paritaire de députés et de sénateurs, les deux Chambres devant ensuite se prononcer sur le résultat, mais l'Assemblée nationale aurait, en définitive, le dernier mot. Michel Debré escompte ainsi une plus grande efficacité dans la délibération parlementaire.

Pour ce qui concerne le budget, les amendements des deux chambres ne peuvent diminuer les recettes ou augmenter les dépenses. Le Gouvernement a, là encore, l'avantage car il peut, lui, modifier ces données.

Enfin pour éviter l'arbitraire tant gouvernemental que parlementaire, les lois touchant au fonctionnement des assemblées, aux grandes règles de l'organisation de l'Etat et à la magistrature seront organiques, c'est-à-dire qu'elles connaîtront une procédure d'adoption particulière avec notamment un temps de réflexion plus long.

Une mise au point des mécanismes juridiques indispensables à l'équilibre et à la bonne marche des fonctions politiques
L'obligation de vote personnel permettrait de rompre avec le système des "boîtiers" de la République précédente qui permettait de délibérer en l'absence de parlementaires. Il doit être mis un terme à ce vote par délégations qui subordonne le Gouvernement, ce type de vote ne doit être usité qu'exceptionnellement et à la restriction qu'un parlementaire ne dispose que de deux voix.

Pour éviter une course aux postes ministériels et aux avantages qu'ils procurent et ainsi une instabilité ministérielle, il y aura incompatibilité des fonctions ministérielles et du mandat parlementaire, même si cette césure est plus le signe d'un régime présidentiel que parlementaire.

Pour affirmer la prédominance de la Constitution sur la loi et donc sur le Parlement, est créé le Conseil constitutionnel qui peut invalider une loi jugée anticonstitutionnelle. Pour éviter l'instauration d'un gouvernement des juges, cette institution ne pourra qu'être saisie par le Président de la République, le Premier ministre et les deux présidents d'assemblées. En outre, ce conseil est chargé d'invalider ou non des élections contestées.

Se souvenant de l'instabilité ministérielle de la IIIe et de la IVe, Michel Debré affirme que la motion de censure (qui fait tomber les gouvernements) sera rendue plus difficile.

Michel Debré explique que ces mécanismes ne sont rendus nécessaires que par l'absence de majorité nette que connaît alors la France. Si celle-ci existait, il n'y aurait pas besoin d'un Sénat permettant de défendre le Gouvernement contre une Assemblée hégémonique, ni de couper les liens entre le Gouvernement et les partis (représentés par leurs députés), ni de compliquer la motion de censure. Dans le contexte de 1958, Michel Debré est convaincu du maintien des divisions politiques, de majorités friables, d'où l'idée de ces mécanismes pour les encadrées.

Le Président de la République
Pour Michel Debré, le Président de la République est la clé de voûte de la nouvelle constitution.

Ses pouvoirs
Michel Debré explique que beaucoup de personnes ont des préjugés sur un Président de la République, pensant que celui-ci est synonyme de menace pour la Démocratie et la République. Mais pour lui, la France a besoin d'un chef permettant de soutenir un Gouvernement par nature faible.

Pour cela il ne doit pas se cantonner à un rôle symbolique de nomination du Président de la République, mais être "juge supérieur de l'intérêt général". Ainsi, il peut imposer une seconde lecture des lois, saisir le Conseil constitutionnel s'il doute de la constitutionnalité d'une loi, décider ou non de la tenue d'un référendum demandé par le Premier ministre ou les présidents des assemblées, enfin et surtout, il dispose de l'arme de la dissolution.

Dissolution garante de la stabilité gouvernementale et permettant un contact direct avec le peuple, ce qui peut permettre de résoudre un conflit ou de donner la parole au peuple à une heure décisive. Le Président semble donc avoir des pouvoirs de sollicitations : du Parlement, du Conseil Constitutionnel et finalement du suffrage universel. En outre, il assume des responsabilités en matière de défense nationale et d'affaires étrangères dans le cadre de la Communauté. En effet, en plus de la fonction de Président de la République parlementaire, il est également Président de la Communauté.

Qui plus est, le Président de la République jouit de pouvoirs exceptionnels lorsque des circonstances graves, définies par le texte de la Constitution, l'imposent pour le maintien de l'Etat. Car, dans le contexte de 1958, il n'est pas impossible, explique Michel Debré, que des troubles profonds, comme la guerre, affectent la vie constitutionnelle à venir de la France.

Sa désignation
Michel Debré s'interroge pour savoir, si la désignation du Président de la République doit rester, comme depuis 1875 le fruit d'un vote des deux chambres du Parlement. Le problème de ce mode d'élection, c'est qu'il enferme le Président dans un rôle d'arbitre des deux chambres, or Michel Debré vient d'expliquer le rôle transcendant que le Président doit jouer en France. Cependant, le recours au suffrage universel serait se diriger vers un régime présidentiel, dont Michel Debré a expliqué la non-adaptation à la vie politique française.

La solution, à mi-chemin, consiste alors à faire élire le Président de la République par un collège d'élus politiques (parlementaires, conseillers généraux, conseillers municipaux). Mais dans un tel système, par le grand nombre de communes, les campagnes seraient sur-représentées ; pour résoudre le problème serait mis en place un système donnant aux grandes villes plus de représentants pour le vote du Président de la République, proportionnellement à leur population, de plus, on réduirait les représentants des petites communes, si bien qu'un équilibre serait établi.

Enfin, il conclut sur le Président de la République en affirmant que son mode d'élection n'a pas été construit sur mesure pour le Général de Gaulle, lequel n'a pas besoin de cela pour être élu, ajoute-t-il.

  • Conclusion

Michel Debré tient à affirmer que le texte constitutionnel qu'il vient de présenter respecte les principes fixés entre le Gouvernement de Charles de Gaulle et les assemblées parlementaires :

- Le suffrage universel est bien la source du pouvoir : suffrage universel direct pour les députés et passant par des collèges d'élus pour le Sénat et le Président de la République.

- Les pouvoirs exécutif et législatif sont effectivement séparés. Il ne s'agit pas d'une séparation absolue comme dans un strict régime présidentiel ; les pouvoirs coopèrent. Cependant, la claire répartition des tâches permet d'éviter toute dérive dictatoriale. Ainsi, les autorités sont séparées à l'origine et leur collaboration est impliquée dans la pratique.

- Le Gouvernement est responsable devant le Parlement. Ce point essentiel pour le régime parlementaire est respecté. La responsabilité n'est pas la même devant les deux chambres, mais l'obligation de responsabilité n'impliquait pas cela. Pour suivre la tradition, le Parlement comprend une Assemblée Nationale et un Sénat, ce dernier n'ayant qu'un rôle législatif et budgétaire dans la mesure où les attributions politiques restent l'apanage de l'Assemblée Nationale.
Enfin, pour éviter l'instabilité ministérielle dont la France a tant souffert sous la IIIe et la IVe République, la motion de censure est rendue plus complexe qu'auparavant.

- L'autorité judiciaire demeure indépendante : ce principe est affirmé, maintient l'inamovibilité des magistrats du siège et reconstitue un Conseil supérieur de la magistrature. En outre, le Président de la République devient le garant du pouvoir judiciaire.
La Constitution permet d'organiser les rapports de la République avec les peuples qui lui sont associés. En effet, dans le projet de constitution, l'effort d'association est important.

Enfin, avant d'achever son discours de présentation du projet de Constitution, il désire évoquer trois articles de celui-ci illustrant le principe de Liberté :

Les partis politiques doivent respecter les principes "de la souveraineté nationale et la démocratie". Ainsi, les partis ne respectant pas les principes de la démocratie et de la République n'ont pas le droit de cité. En outre, la pluralité des partis participe, c'est inscrit, au suffrage universel, ce qui déclare comme anticonstitutionnel tout système de parti unique.

Le droit d'interpeller est reconnu aux parlementaires, ce qui garantit la liberté parlementaire. En effet, le Gouvernement jouit du pouvoir d'imposer l'ordre du jour aux assemblées. Mais pour contrebalancer cela, une séance est consacrée aux questions des parlementaires au Gouvernement, permettant ainsi notamment à l'opposition de s'exprimer, lui donnant ainsi des droits. Cela permet d'éviter que le Gouvernement n'accapare tous les pouvoirs d'élaboration des lois sans se soucier d'éventuelles critiques.

L'autorité du pouvoir judiciaire, au regard de la liberté individuelle, est affirmée. En effet, dans la lignée du l'habeas corpus anglais "Nul ne peut être arbitrairement détenu", en outre l'autorité judiciaire est la seule garante et doit assurer la liberté individuelle. Cette garantie permet d'affirmer les droits individuels comme les droits de l'Etat et la sécurité de la nation comme celle des citoyens.

S'appuyant sur cette volonté de Liberté, le projet de Constitution veut redonner à la France son rang dans le monde en réaffirmant sa démocratie. Michel Debré parle de "la dernière chance" qu'aurait la France pour reprendre le mot du Général de Gaulle. Cette dernière chance c'est, conclut Michel Debré, grâce au Général de Gaulle que la France l'a ; il est homme providentiel et indispensable au redressement du pays.

Cette Constitution va apporter des bienfaits à la France ; à la classe politique et aux Français de s'en servir.

Auteur : M. Creux pour Politique.com.

Page précédente.../ Haut de page...



Politique.com © POLITIQUE 2004-2007. Tous droits réservés.

Chambres d'hôtes - Nouvelle Calédonie - Afrique du Sud - République tchèque - Corée du Sud - Slovénie - Epices - Cabourg - Brocéliande