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DECLARATION DE POLITIQUE GENERALE
DE FRANCOIS FILLON DEVANT L'ASSEMBLE NATIONALE
- 3 juillet 2007 -
Monsieur le président,
Mesdames et messieurs les députés, La France
sort de six mois de campagne électorale. Elle en sort
avec un président de la République qui dispose
d’un mandat clair pour faire entrer notre pays dans
le 21e siècle.
Avec Nicolas Sarkozy, les Français ont pris leur
destin en main. En se passionnant pour la campagne, en s’engageant
clairement dans leur vote, en exprimant leur confiance en
eux-mêmes, ils ont jeté les fondements d’une
France nouvelle. D’une France qui, au-delà des
partis, a voulu affirmer sa volonté de changement
et sa modernité.De ce message nous sommes tous comptables.
Mesdames et messieurs les députés,
Je me fais
une haute idée du Parlement. J’ai
siégé sur ses bancs durant plus de vingt ans.
J’ai suffisamment été à votre
place pour ne pas voir en vous le parlementaire que je fus.
Et j’ai suffisamment connu le jeu des alternances pour
respecter l’opposition.
En démocratie, le succès des uns ne signifie
pas le déni des autres. Chaque Français doit être
respecté dans ses convictions et ses votes.
Je crois à l’écoute, à la synergie
des différences et des intelligences. C’est
pourquoi, l’opposition n’est pas un adversaire
mais un contradicteur nécessaire, et je le souhaite
constructif.
Quant à la majorité, elle est tout à la
fois le partenaire et l’aiguillon du gouvernement.
Elle a le droit et même le devoir d’assumer sa
victoire, cela sans arrogance mais aussi sans complexe. Sa
loyauté ne saurait étouffer sa créativité.
Comme chacun d’entre vous, j’aime passionnément
la France. Comme vous, j’ai observé, au cours
de mes mandats successifs, ses faiblesses et ses atouts.
Ses faiblesses sont à l’image d’une vieille
et grande puissance qui, depuis trente ans, hésite à repenser
ses structures et ses habitudes. Droite et gauche confondues,
nous nous sommes efforcés d’ajuster le modèle
français au lieu de le repenser de fond en comble.
J’ai moi-même longtemps privilégié cette
approche empirique, avant de constater qu’elle avait
atteint ses limites.
Aucun gouvernement ne fut aveugle, ni inactif, devant ce
diagnostic, mais aucun n’aura réussi à enrayer
cette lente spirale qui nous a fait chuter au 16e rang des
pays de l’OCDE, en termes de richesses par habitant.
Je vous dois la vérité car elle est au cœur
de la rupture.
Nous n’avons pas réussi, faute d’avoir
osé rompre avec ce cercle vicieux qui consiste à travailler
de moins en moins et à s’endetter de plus en
plus afin de combler l’écart croissant entre
nos capacités de production et nos ambitions redistributives
qui n’ont cessé de s’élargir.
Nous n’avons pas réussi, faute d’aller
au bout des réformes. Par appréhension politique,
par hésitation intellectuelle.
Ces atermoiements ont provoqué un divorce entre les
pouvoirs et les citoyens. Il a été sanctionné par
une instabilité électorale et gouvernementale
unique en Europe qui fut préjudiciable à toute
continuité politique.
Cette continuité, la France en a été privée.
Elle en a été privée, car nous n’avons
pas su trouver le courage et les mots pour expliquer à nos
concitoyens qu’une césure historique était à l’œuvre.
Je veux parler de la mondialisation. Pendant des siècles,
la France, avec quelques rares autres nations, a "dominé" politiquement
et économiquement le monde. Cette puissance sans égale
nous a permis de bâtir une civilisation riche et prospère.
Désormais, le monde se réveille et prend sa
revanche sur l’histoire. Des continents entiers sont
en quête de progrès. Leur population est jeune,
douée, terriblement motivée. Quand nous luttons
pour préserver notre héritage, ils se battent
pour constituer le leur. Cette nouvelle donne historique, à la
fois angoissante et passionnante, exigeait et exige plus
que jamais de la France un sursaut qui n’a que trop
tardé.
L’embellie économique et sociale que nous connaissons
depuis deux ans est encourageante. Mais elle ne nous dispense
pas d’un examen lucide sur les ressorts usés
du modèle français.
Malgré cela, l’énergie de notre pays
est demeurée vivace, preuve s’il en est de l’extraordinaire
génie de notre peuple. Tout comme vous, j’ai
vu durant cette campagne ces Français qui ne baissent
pas les bras, qui se battent, innovent, lancent des projets.
Nos atouts sont forts : une créativité exceptionnelle,
un patrimoine sublime, des travailleurs qualifiés
et productifs, des entrepreneurs et des artisans passionnés,
des infrastructures publiques de qualité, des pôles
d’excellence, une démographie solide.
Qui n’a vu, en chaque citoyen, cette envie de se dépasser,
de construire, d’aller au bout de ses rêves ?
La plus grande force de la France, ce sont les Français
eux-mêmes ! Les Français qui, bien souvent,
ont été plus entreprenants et modernes que
ceux qui parlaient en leur nom. Les Français avec
leur ambition, leur courage, leur fierté d’appartenir à un
grand peuple.
Tout le sens de l’élection de Nicolas Sarkozy
est là : dans cette volonté farouche de notre
peuple de se libérer, en rompant avec les pesanteurs,
avec le défaitisme et les hésitations du passé.
Cette vitalité doit pouvoir s’exprimer pleinement.
Et pour cela, il faut renouveler notre démocratie
politique, moderniser notre démocratie sociale, porter
notre excellence intellectuelle et scientifique. En définitive,
il faut réécrire notre contrat politique, social
et culturel.
Mesdames et messieurs les députés,
Nous avons dit qu’il fallait changer la politique.
Ce gouvernement d’ouverture, au sein duquel émergent
de nouveaux visages qui incarnent la diversité française,
qui associe des personnalités aux sensibilités
différentes, est l’amorce d’une mutation
politique.
Cette ouverture est plus qu’une affaire gouvernementale,
c’est un nouvel état d’esprit !
C’est une autre façon de penser la démocratie.
Une nouvelle manière d’associer les intelligences
et de respecter les différences.
Une opportunité de se détacher des postures
idéologiques et des réflexes claniques. De
rassembler la France en enjambant les clivages.
"Prétendre faire la France avec une fraction,
c’est une erreur grave, et prétendre représenter
la France au nom d’une fraction, cela c’est une
erreur nationale impardonnable", disait le Général
de Gaulle. Il n’y a pas un peuple de droite contre
un peuple de gauche, il n’y a qu’un peuple :
le peuple français capable d’unir ses forces
lorsque les enjeux sont clairs et justes.
La politique française a besoin de convictions fortes
et d’idées nouvelles et, pour cela, elle doit
pouvoir considérer le choc des convictions comme le
tremplin d’une citoyenneté éclairée
et tolérante.
L’ouverture est à l’image de cette France
en mouvement. Mais elle n’est qu’une étape.
Sous l’autorité du président de la République,
je vous propose de poser les bases d’une démocratie
mieux équilibrée et plus transparente.
Une démocratie au sein de laquelle le pouvoir exécutif
agit avec clarté, dans l’unité du couple
formé par le chef de l’Etat et le Premier ministre.
Induite par le quinquennat, cette modernisation de nos institutions
- que j’appelle de mes vœux depuis longtemps -
est un facteur de modernité et d’efficacité.
Devant cet exécutif plus resserré et plus
efficace, les pouvoirs du Parlement doivent être renforcés.
Le président de la République a choisi d’engager
résolument la modernisation de nos institutions. Dans
les prochains jours, il invitera les assemblées et
leurs groupes à émettre leurs propositions.
Parallèlement, il entend réunir une commission
réunissant des personnalités incontestables
pour leurs compétences et représentatives de
notre diversité politique qui sera chargée
d’éclairer ses choix.
La procédure législative doit incontestablement être
dépoussiérée.
Le partage entre le travail en commission et celui en séance
publique revu.
La fixation de l’ordre du jour doit être plus
partagée.
Le nombre et le rôle des commissions ne peuvent rester
ce qu’ils étaient en 1958. N’est-il pas
légitime de souhaiter la création d’une
commission du développement durable ou de s’interroger
sur la lourdeur d’une commission regroupant les affaires
sociales, la culture et l’éducation ?
Dans cette perspective, la décision consistant à laisser
la présidence de la Commission des finances à un
membre de l’opposition constitue une avancée
considérable. C’est la première fois
sous la Ve République que l’opposition se voit
ainsi reconnue une telle place.
La procédure budgétaire doit être revue
avec pour objectif l’approfondissement du contrôle
des dépenses publiques. Pour y parvenir, le parlement
devra pouvoir disposer de moyens d’audit et de contrôle
renforcés.
Ce contrôle parlementaire sera étendu aux nominations à certains
postes publics. Les dirigeants des entreprises publiques
et les responsables des autorités administratives
indépendantes seraient concernés au premier
chef.
Les commissions compétentes auront le pouvoir de
donner leur avis sur les personnes que le Gouvernement entend
nommer. Des auditions publiques pourront être organisées.
Au soupçon d’allégeance, s’imposera
désormais la certitude de la compétence.
Le Gouvernement est également favorable, dans le
respect de l’autonomie des assemblées, à ce
que des missions de contrôle, associant des présidents
ou des rapporteurs d’opposition se développent
systématiquement.
Nous rechercherons ensemble comment mieux assurer la représentation
de la diversité politique de la société française
sans mettre en péril le principal atout de la cinquième
république : des majorités nettes et stables
pour agir.
Faut-il faire élire quelques députés
au scrutin proportionnel ?
Faut-il renforcer le rôle du Sénat en lui ajoutant
cette mission de représentation de la diversité ?
Aucun sujet ne doit être tabou si nous souhaitons
sincèrement aboutir à un consensus sur la modernisation
de notre démocratie.
Enfin nous devrons engager, comme le demande le conseil
constitutionnel, une révision de la carte des circonscriptions
législatives.
Ce travail sera engagé dans la transparence et en
y associant l’opposition. Nous étudierons la
faisabilité d’un dispositif permettant à une
partie du corps électoral d’imposer un débat
sur un texte de loi et nous réformerons le conseil
supérieur de la magistrature pour consacrer l’indépendance
de l’autorité judiciaire.
Voilà quelques unes des modifications constitutionnelles
envisagées sans omettre la modification de l’article
18 de la Constitution pour permettre au Président
de la République de venir s’exprimer devant
la Représentation nationale comme l’exige la
clarté politique.
Cette rénovation institutionnelle doit être
secondée par une modernisation de notre démocratie
sociale, dont les fondements ont été créés
dans la foulée de l’après-guerre.
Certains pourraient se satisfaire du statu quo, de cette
situation d’impuissance qui conduit les partenaires
sociaux à être sur la défensive et la
contestation, plutôt que l’anticipation et la
participation.
Pas nous, qui constatons la propension des Français à agir
collectivement, notamment au sein du secteur associatif.
Et pas moi qui suis à l’origine de la loi du
4 mai 2004 sur le dialogue social.
Je crois à ce dialogue car on ne bâtit pas
une économie efficace sur les décombres de
la cohésion sociale.
J’y crois parce que tout ne peut plus être piloté par
l’Etat.
J’y crois parce que l’heure est venue de dégager
des compromis sociaux sur le terrain, dans les entreprises,
là où entrepreneurs et salariés doivent
joindre leurs intérêts.
Dès son entrée en fonction, le président
de la République a reçu les partenaires sociaux.
Ce ne fut pas une rencontre d’usage, mais bien la volonté de
changer les usages ! Nous leur avons précisé nos
objectifs, notre calendrier, en toute transparence. Et nous
les avons invités à faire des propositions
précises, notamment sur l’évolution du
marché du travail. A la fin de l’année,
ces propositions devront être mises sur la table.
Si tel n’est pas le cas, le Gouvernement prendra ses
responsabilités sans faillir. Car nul ne doit s’y
tromper : la nécessité de la concertation et
de la négociation ne peut se substituer à l’obligation
d’agir.
Les circonstances sont historiques. Les partenaires sociaux
ont en main la possibilité de reconfigurer, avec nous,
les règles et l’organisation de notre marché du
travail.
Cette confiance que nous leur accordons préfigure, à mes
yeux, une modernisation d’ampleur de la démocratie
sociale. La représentativité des organisations
syndicales devrait reposer sans équivoque sur le critère
de leur audience parmi les salariés, et cela à tous
les niveaux de négociation.
C’est dans cette perspective que s’inscrirait
l’élection à un seul tour, ouverte à chaque
syndicat légalement constitué dans l’entreprise.
Cette nouvelle organisation du dialogue social favorisera
la prise de responsabilité et une réelle décentralisation
des négociations sociales qui doit permettre à la
culture du contrat de s’imposer.
L’énergie nationale ne trouverait qu’imparfaitement
son accomplissement si elle devait être privée
de son principal ressort : je veux parler de l’intelligence
française.
L’immense cohorte de nos savants, biologistes, mathématiciens,
philosophes, juristes, historiens qui firent notre rayonnement
ne doit pas s’arrêter au seuil d’un siècle,
où, précisément, le pouvoir de la matière
grise dessinera notre avenir.
Toute notre tradition spirituelle, philosophique et scientifique,
toute l’ambition républicaine, convergent vers
la nécessaire réforme de nos universités.
Depuis vingt-cinq ans, c’est le statu quo institutionnel.
Résultat : depuis vingt-cinq ans, nos universités
perdent des places dans les classements internationaux.
Depuis vingt-cinq ans nous subissons une démocratisation
de l’enseignement supérieur, sans nous en donner
les moyens.
Résultat : depuis vingt-cinq ans, faute de courage,
nous acceptons la sélection par l’échec
plutôt que par l’orientation et le mérite.
Depuis vingt-cinq ans, la recherche scientifique s’éloigne
de l’université pour tenter d’échapper à sa
perte d’influence et à son manque de réactivité.
Nous allons rebâtir l’université française.
Nous nous fixons un double objectif :
conduire 50 % de notre jeunesse à un diplôme de l’enseignement
supérieur.
faire de nos universités de véritables pôles d’excellence.
Pour cela, leur gouvernance sera clarifiée et renforcée.
Leur autonomie sera réelle. Leurs responsabilités
financières et pédagogiques seront accrues.
Elles disposeront librement de leur patrimoine.
Cette réforme décisive s’accompagnera
d’une concertation de fond, dès à présent
engagée, sur les conditions de vie et de travail des étudiants.
Il s’agit de lutter contre l’échec en
première année de licence, de promouvoir l’excellence
des masters, d’assurer l’insertion professionnelle
des étudiants, de mettre à niveau les infrastructures
existantes, de créer des campus avec des logements,
des installations sportives, des bibliothèques modernes
ouvertes le soir et le dimanche comme il en existe dans tous
les pays développés.
La rénovation de l’université française
est une priorité absolue de mon Gouvernement. Je vous
proposerai d’y consacrer 5 milliards d’euros
supplémentaires d’ici 2012.
L’accroissement de notre effort de recherche est indissociable
de la réforme de l’université. Je ne
serai pas de ceux qui sacrifieront la recherche fondamentale
au prétexte qu’elle serait improductive à court
terme, mais j’engagerai l’évolution nécessaire
de nos grands organismes publics par une stricte évaluation
des programmes.
Je crois tout aussi nécessaire l’accroissement
de notre effort dans les entreprises. Une simplification
radicale du crédit impôt recherche sera engagée.
Globalement la part du PIB consacré à la recherche
doit tendre vers les 3 % reconnus comme indispensables par
tous les Européens.
Cette ambition universitaire et scientifique ne peut trouver
toute sa mesure que si elle s’adosse à un système éducatif
puissant, animé par un personnel respecté et
motivé.
Les conditions du métier d’enseignant seront
débattues sans tabou.
L’école n’a pas besoin d’une réforme
législative de plus, elle a besoin d’aller au
bout de la réforme structurelle engagée en
2005.
Quatre principes la guident :
la liberté pédagogique dont la conséquence
logique est l’évaluation a posteriori et l’assouplissement
de la carte scolaire.
l’acquisition du socle commun des connaissances fondamentales par tous
nos enfants.
la reconnaissance pleine et entière des filières professionnelles.
la généralisation du soutien scolaire individualisé.
A cet égard, l’engagement du président
de la République sera mis en œuvre sans délai.
Quatre fois par semaine, écoliers, collégiens
et lycéens pourront bénéficier d’un
encadrement éducatif d’au moins 2 heures par
jour. Les études dirigées, de fin de journée,
seront notamment assurées par des professeurs volontaires
et par des assistants d’éducation. Elles seront
effectives pour tous les collégiens à la rentrée
2008, et dans la totalité de l’enseignement
scolaire à la rentrée 2011.
Pour le Gouvernement, l’école de la République,
c’est celle des valeurs : valeurs de l’effort,
du civisme, de la discipline, de la fraternité, et, à ce
titre, l’affirmation d’un droit opposable à la
scolarisation de tout élève handicapé devra
se traduire dans les faits. Pour cela, le nombre d’unités
pédagogiques d’intégration sera doublé au
cours des trois prochaines années. C’est une
solidarité que nous devons à nos concitoyens
qui souffrent d’un handicap.
Parce que notre système éducatif présente
la caractéristique d’offrir le plus grand nombre
d’options et les horaires de cours les plus chargés
d’Europe, un effort de rationalisation sera engagé.
Il doit aboutir à un meilleur équilibre éducatif,
laissant plus de place aux pratiques périscolaires,
sportives et culturelles.
La culture est l’un des relais de notre créativité.
Elle nourrit les espoirs et les rêves de notre civilisation.
Elle est le rempart aux maux qui la guettent : l’uniformité,
l’utilitarisme, le désenchantement, la sauvagerie.
L’accès à la culture passe par l’éducation.
Il passe par le service public de l’audiovisuel qui
doit assumer pleinement sa vocation.
Il passe par la régionalisation des initiatives et
des créations.
Il passe par l’engagement soutenu des partenaires privés à travers
les fondations et le mécénat.
Il passe par la dématérialisation des supports
et la diffusion en numérique. L’accès à la
culture passe aussi par notre patrimoine. Toutes les régions
de France ont de justes raisons d’en être fières.
Toutes ne manquent pas également de souligner le poids
de cette charge.
Le financement des chantiers pour le patrimoine ne devra
plus subir les fluctuations aberrantes du passé. La
continuité de l’effort en ce domaine doit être
respectée. Je veux aussi que l’accès à notre
patrimoine artistique soit réellement démocratisé.
La gratuité des musées que pratiquent plusieurs
pays européens provoque de vifs débats au sein
du monde de la culture. Je veux qu’une expérimentation
soit conduite avec un échantillon d’établissements à Paris
et en Province pour en mesurer toutes les conséquences.
Je veux que les jeunes puissent accéder facilement à toutes
les ressources culturelles, à travers un "passeport
culture" valable sur l’ensemble du territoire
national.
Mesdames et messieurs les députés,
En nous fixant pour priorité la rénovation
de notre contrat politique, social et intellectuel, je ne
fais, en définitive, que vous parler de l’identité de
la France.
Oui, la France a une identité.
Une identité qui s’est construite dans une France
rurale qui fait encore sa beauté et dont le dynamisme
sera soutenu comme un atout de notre avenir.
Une identité dont les racines plongent vers le bassin
méditerranéen et l’espace européen.
Une identité qui s’étoile vers ses départements
et territoires d’Outremer dont l’essor culturel, économique
et social doit se conjuguer avec celui de la métropole.
Une identité forte et pourtant en mouvement, car fondée
sur le droit du sol, la laïcité et la citoyenneté.
Cette identité doit être défendue avec
fierté et enrichie avec audace.
Il y a une exception française, comme il y a une
exception italienne, chinoise ou britannique. Mais il est
indéniable qu’il y a une vocation française,
c’est d’être à jour des grands défis
du monde. Supprimez l’identité, et vous supprimerez
l’universalité. Réaffirmez cette identité et
vous confirmerez, l’universalité française.
La France est grande lorsqu’elle est grande pour le
monde.
Elle est grande lorsqu’elle prend ses responsabilités
pour le Darfour.
La France est grande lorsqu’elle défend, à travers
la libération d’Ingrid Bétancourt et
des infirmières bulgares injustement condamnées,
les droits inaliénables de tout être humain.
Lorsqu’elle s’engage dans le Fonds mondial de
lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme.
Elle est grande lorsqu’elle milite pour l’élargissement
du conseil de sécurité des Nations unies et
une réforme des instances internationales, et notamment
celles du FMI et de la Banque mondiale.
Lorsqu’elle multiplie les projets de co-développement
avec le continent africain en mobilisant les crédits
de coopération sur les actions ayant un impact direct
sur les flux migratoires et en négociant des partenariats
avec les pays d’origine.
Elle est grande lorsqu’elle défend, sans complexe,
l’idée d’une mondialisation économiquement équitable.
Si le monde de demain n’a pour seule ambition que d’être
un vaste casino où se joue l’avenir des hommes
sur un coup de dé, si les succès commerciaux
dérogent à tous les droits sociaux, humains
ou environnementaux, alors nous irons à la catastrophe.
Le Gouvernement ne laissera pas les négociations
au sein de l’OMC se déployer contre notre agriculture.
Pour nos entreprises industrielles et de services, nous exigeons
la réciprocité. Pour l’accès aux
marchés publics, nous demanderons à l’Union
européenne de négocier une dérogation
en faveur de nos PME comme l’ont obtenue les Etats-Unis,
le Japon et le Canada.
La France est grande lorsqu’elle montre l’exemple
car les actes parlent toujours plus que le verbe.Elle continuera
donc d’agir pour la paix, dans le cadre défini
par les Nations Unies, au Liban, en Afghanistan et en Côte
d’Ivoire. La France ne se dérobera pas aux devoirs
de l’amitié et de la solidarité pour
l’Afrique. La France ne se résignera pas à voir
le Liban glisser dans la guerre civile.
La France ne se résignera pas à assister impuissante à l’assassinat
de tous les dirigeants libanais qui osent défendre
l’indépendance de leur pays.
La France ne se résigne pas à voir la bande
de Gaza en état de siège permanent et la Palestine
condamnée à une partition de fait avant même
d’avoir pu exercer réellement sa souveraineté sur
son territoire.
La France va prendre des initiatives pour aider les communautés
libanaises à se parler à nouveau. Elle va prendre
des initiatives pour ranimer la petite flamme de l’espoir
d’une Palestine libre et démocratique coexistant
pacifiquement avec un Etat d’Israël reconnu et
respecté par tous ses voisins.
La France est grande lorsqu’elle s’engage résolument
dans la lutte contre le réchauffement climatique.
Dans la perspective de la réunion de Bali, en décembre
prochain, la France se fait un devoir de convaincre ses alliés
américains et les grands pays émergeants de
se rallier à une approche concrète et ambitieuse
pour préparer l’après Kyoto.
Dans cette affaire mondiale, la France s’engagera
pleinement.
Nos technologies et nos capacités d’innovation,
nos compétences en matière d’énergie
notamment avec la préparation des réacteurs
nucléaires de 4e génération, notre potentiel
agricole, la richesse et le dynamisme de la France maritime,
le civisme de nos concitoyens, leur attachement à la
beauté de nos paysages, à la biodiversité, à la
qualité de vie : tous ces atouts seront concentrés
autour d’une stratégie volontariste.
Ce volontarisme se traduira aussi sur le plan fiscal. Il
n’est plus possible de rester neutre face aux enjeux
environnementaux. La fiscalité écologique doit émerger
dans notre droit. Déjà l’Europe nous
invite à mettre en place une eurovignette pour que
les poids lourds circulant sur nos routes ne le fassent plus
en totale franchise fiscale alors qu’ils engendrent
des nuisances, des risques et des coûts en infrastructures.
Nous mettrons en œuvre cette eurovignette qui pourra être
expérimentée sans tarder en Alsace.
Mais nous devons aller plus loin et poser la question d’une
taxation sur le contenu en carbone des produits offerts sur
le marché.
L’instauration d’un grand ministère de
l’Ecologie, du développement et de l’aménagement
durables est à l’image de la politique structurante
et globale que nous allons conduire. Le « grenelle
de l’environnement » qui se tiendra à l’automne
en donnera le départ.
Notre monde a besoin de raison. Il a aussi besoin d’équilibre.
Notre outil militaire doit être musclé autour
de nos objectifs de projection de forces et de dissuasion.
Sous l’autorité du président de la République,
le Gouvernement vous proposera une loi de programmation militaire.
Elle sera précédée par un nouveau livre
blanc qui sera rédigé à l’automne.
Les choix que nous devrons assumer ne seront pas faciles.
Ils ne se limiteront pas au point de savoir si et quand
il faut un deuxième porte-avions. Il nous faudra quitter
la logique traditionnelle de l’accumulation des exigences
propres à chaque arme, pour mieux apprécier
où sont les vrais besoins stratégiques, où sont
les menaces de demain, où sont les enjeux industriels
décisifs.
Notre responsabilité dans ces choix décisifs
sera lourde, car je ne crois pas que le monde de demain soit
plus pacifique que le monde d’hier.
Même si l’Europe paraît en quelque sorte
sanctuarisée par sa solidarité au sein de l’Union,
nous voyons bien que l’arc des crises se développe,
et par là même les menaces potentielles sur
nos intérêts vitaux. Il n’est donc pas
question de baisser la garde. Nous devons armer notre vigilance,
avec lucidité. Nous le ferons d’autant plus
efficacement que nous pourrons agir dans le cadre de coopérations
européennes et de notre alliance traditionnelle avec
les Etats-Unis, sans rien sacrifier de l’indépendance
nationale, ni de notre dialogue constructif et confiant avec
la Russie.
Trois défis majeurs sont devant nous : désamorcer
le scénario du choc des civilisations que nourrissent
les terroristes, dissuader les Etats qui s’affranchissent
des règles qui régissent l’accès
et l’usage du nucléaire, organiser un accès équitable
et sécurisé aux matières premières
et aux énergies.
Le monde a besoin de la France. La France a besoin de l’Europe
pour protéger ses intérêts et rayonner,
et l’Europe avait besoin de la France pour se relancer.
Voilà qui est chose faite !
En défendant avec énergie et méthode
l’idée d’un traité simplifié,
le chef de l’Etat n’a pas seulement replacé notre
pays au cœur des enjeux européens, il a aussi
renforcé le couple franco-allemand tout en nous rapprochant
des européens de l’Est.
Ce projet de traité modifie la philosophie économique
de l’Union. En précisant que la concurrence
est un moyen et non une fin en soi, ce traité confirme
le rôle des services publics.
Le "non" de notre peuple au traité constitutionnel
a été respecté.
Le "oui" à l’Europe politique a été restauré.
La ratification de ce nouveau traité sera soumise
au Parlement au début de l’année 2008.
S’engagera alors la Présidence française
de l’Union européenne. Elle sera dominée
par des défis autour desquels tout mon gouvernement
sera mobilisé.
Il faut que l’Europe joue un rôle moteur dans
la lutte contre le réchauffement de la planète.
Il faut davantage de recherche européenne.
Il faut aider l’agriculture française et européenne,
plus indispensable que jamais, à être performante
et respectueuse de l’environnement.
Il faut une politique énergétique commune
pour assurer nos approvisionnements. Il faut une politique
commerciale mieux affirmée et moins naïve.
Il faut une politique industrielle permettant à l’Europe
d’être plus présente dans les secteurs
stratégiques. Il faut une Europe sociale forte, manifestation
de nos valeurs communes de solidarité et de justice.
Il faut enfin débattre de l’identité de
l’Europe et fixer ses frontières, développer
les relations entre l’Europe et ses voisins et poser
les bases d’une Union méditerranéenne
comme nous y invite le Président de la République.
Mesdames et messieurs les députés,
L’identité de la France se forgeau jour le
jour, dans notre capacité à vivre ensemble,
en transcendant les origines, les préjugés
et les discriminations, en combattant les peurs qui nous
divisent. Dans les quartiers, il existe une jeune génération,
qui cherche sa place, des repères, du respect.
Cette jeunesse a souvent été trompée.
Trompée par des discours complaisants.
Trompée par la faiblesse d’un Etat qui a cédé devant
les lois de la rue, qui est resté trop souvent passif
devant la pression mise sur des jeunes filles dont le seul
tort était de vouloir vivre librement.
Trompée par ceux qui, par discrimination, mettent
au panier le CV d’un jeune des cités dont les
mérites sont pourtant éclatants.
Un plan "respect et égalité des chances" sera
lancé. Visant les quartiers difficiles, il s’attachera
d’abord à les désenclaver. L’incident
du RER la semaine passée a bien montré à quel
type de difficultés se heurtent au quotidien nos concitoyens
et comment dans bien des cas les services publics répondent
mal à leur attente. Ce plan mettra en avant l’égalité des
chances par l’éducation avec la réduction
du nombre d’élèves dans les établissements
où se concentrent les difficultés et avec un
renforcement du tutorat. Nous soutiendrons les internats
de réussite éducative. Et enfin une dynamique
nouvelle sera enclenchée sur la formation et l’accompagnement à l’emploi.
L’effort massif engagé en faveur de la rénovation
des quartiers se poursuivra. En l’espace de cinq ans,
notre retard en matière de construction, pris à la
fin des années 90, devra être comblé.
Pour cela nous devrons nous tenir à un objectif de
500 000 nouveaux logements construits par an dont 120 000
logements sociaux. Un système de caution publique
afin de fluidifier et sécuriser le marché de
la location sera mis en place. L’accession à la
propriété, qui sera facilitée par la
déduction des intérêts d’emprunts,
doit s’accompagner d’un élargissement
du marché de la vente. Nous permettrons aux locataires
de logement HLM d’en devenir propriétaires avec
un objectif de 40.000 accessions à la propriété par
an.
Toute politique d’intégration suppose, en parallèle,
une politique d’immigration choisie et non subie. La
France est une terre d’asile, une terre d’accueil.
La France a du cœur, mais elle n’est pas assez
riche pour être la terre promise de tous les peuples
en détresse ; cette terre que des réseaux mafieux
vendent comme un pays de cocagne aux déshérités.
Je n’accepterai jamais de régularisation globale
qui n’aurait pas d’autre effet que de relancer
des hommes et des femmes sur les chemins de l’exil.
Le gouvernement combattra avec la plus grande détermination
les filières d’immigration illégales
et le travail dissimulé car j’y vois une forme
moderne de traite des êtres humains.
Nous sommes une Nation. Une nation d’intégration.
Et l’intégration signifie que celui qui vient
légalement en France adopte la France, et, dès
lors, la France l’adopte comme l’un des siens.
Ceux qui veulent venir en France devront avoir les moyens
de s’y intégrer. Ils devront avoir un travail,
et, à cet égard, des objectifs quantitatifs
pluriannuels, seront établis après consultation
des acteurs économiques et sociaux. Ils devront respecter
nos valeurs républicaines. Ils devront apprendre notre
langue.
Partager un destin commun, mesdames et messieurs les députés,
c’est vivre dans la confiance et l’estime réciproques.
Ce n’est pas verrouiller sa porte dès la nuit
tombée. Ce n’est pas baisser le regard en traversant
son quartier. La peur et la défiance sont les adversaires
de l’unité nationale.
Le gouvernement ne craint pas d’employer le mot "fermeté".
Il n’hésitera pas non plus à utiliser
celui "d’autorité".
Face à la culture de la violence, je n’ai qu’un
mot d’ordre : ne rien céder ! J’utilise
le mot de "culture" à dessein, car c’est
bien toute notre société qui est interpellée
dans ses valeurs et sa morale.
Nous avions promis d’agir contre les multirécidivistes
: le projet de loi qui vous sera présenté respecte
notre engagement. Les délinquants auteurs d’actes
graves, lorsqu’ils sont en situation de récidive,
feront l’objet de peines planchers. Nous vous avions également
promis de traiter la délinquance des mineurs. Dorénavant,
la minorité ne sera plus un alibi d’office pour
les jeunes délinquants. A force d’être
excusés, impunis, certains jeunes délinquants
en ont conclu que la société n’avait
ni le courage de les recadrer, ni la générosité de
les replacer dans le droit chemin. C’est cela qui doit
cesser !
La Justice est l’un des fondements de l’Etat.
Elle doit s’adapter aux évolutions de la société.
Nous devons revoir la carte judiciaire. La carte actuelle
héritée d’un autre âge ne correspond
plus aux exigences de l’efficacité. Bien sûr,
rien ne saurait se faire sans concertation. Mais on ne peut
plus disperser les moyens. On ne peut plus laisser vivre
de telles disparités entre les tribunaux au point
que la manière d’y rendre de la justice finit
par s’en ressentir, au mépris de l’égalité devant
la justice.
Le Gouvernement s’attachera aussi dans le cadre d’une
loi qu’il vous soumettra, à faire progresser
notre système pénitentiaire. Nous devons consentir
l’effort nécessaire pour garantir des conditions
décentes de détention aux prisonniers en même
temps que de bonnes conditions de travail aux surveillants.
Dès cette session extraordinaire, le Gouvernement
vous proposera de créer un contrôleur général
des prisons et des autres lieux privatifs de liberté.
Sur la sécurité des Français, le Gouvernement
ne négligera rien et ne lâchera rien.
Pour une meilleure performance de nos forces de sécurité intérieures,
les moyens techniques et scientifiques de la police et de
la gendarmerie seront étoffés dans le cadre
d’une nouvelle loi d’orientation et de programmation
pour la performance de la sécurité intérieure.
La fusion de la DST et des renseignements généraux
sera rapidement menée à bien.
Les événements récents dans le sud
de la France, en Espagne et surtout en Grande-Bretagne, montrent
que les menaces terroristes demeurent très présentes.
La France n’est pas à l’abri. Les services
de renseignements sont en alerte. La coopération internationale
est intense. Rien ne sera laissé au hasard.
Et en particulier nous évaluerons les bénéfices
qu’a retirés la Grande Bretagne de l’installation
d’un réseau de télésurveillance.
De la même façon, nous ne relâcherons
pas notre action contre les violences quotidiennes. L’excellence
de nos résultats par le passé, qui doit beaucoup à l’ancien
ministre de l’intérieur, ne devra pas s’infléchir.
Je compte sur l’action des policiers et des gendarmes
auxquels je dis toute ma confiance et mon soutien.
Mesdames et messieurs les députés,
Au cœur de la crise nationale, il y a un cancer : le
chômage de masse. Ce cancer qui depuis un quart de
siècle ronge nos capacités de production, lamine
le corps social, bloque l’intégration, alimente
l’extrémisme. L’objectif de mon gouvernement
est donc simple et clair : c’est le plein emploi.
Le caractère endémique du chômage dans
notre pays a fait du plein emploi une chimère, une
promesse à laquelle les français, si souvent
déçus, ne croient plus. Pourtant il n’y
a là rien d’impossible, y compris en Europe,
puisqu’une bonne moitié des membres de l’Union
européenne connaissent le plein emploi, parfois depuis
une décennie. Il n’existe donc pas plus de fatalité du
chômage de masse aujourd’hui qu’il n’en
existait pour l’inflation hier. Mon gouvernement se
fixe ainsi pour objectif un taux de chômage de 5% à la
fin du quinquennat.
L’heure est venue de tourner la page du malthusianisme économique
et du conservatisme social.
Que la politique monétaire de l’Union ne soit
pas aussi réactive que nous le souhaiterions, que
la faiblesse du dollar et du yuan ne facilite pas la tâche
de nos exportateurs, c’est incontestable !
Mais le problème n’est pas que là. Le
cœur du problème est d’abord chez nous
!
Il faut sortir la France de l’impasse dans laquelle
elle s’est enfermée : celle de la "vieille
croissance".
La "vieille croissance", c’est cette croissance
molle marquée par une sous activité, une stagnation
des revenus et le décrochage de nos moyennes entreprises
dans la compétition internationale.
Cette "vieille croissance", c’est la croissance à crédit.
Ce sont les dépenses publiques qui ignorent les nouveaux
modes de gestion et la responsabilisation des acteurs. C’est
le choix des déficits et de la dette qui ont privé l’Etat
de toute marge de manœuvre.
La "vieille croissance", c’est le dérapage
incontrôlé des dépenses sociales qui
n’aura pas empêché beaucoup de nos concitoyens
de basculer dans la précarité. Ce sont les
prélèvements obligatoires pour soutenir à bout
de bras un système asphyxié. C’est la
consommation qui ignore les consommateurs avec leurs exigences
et leurs droits. C’est le partage du travail et l’idée
fausse suivant laquelle les préretraites ouvrent le
chemin de l’emploi aux jeunes. C’est l’opposition
stérile entre la flexibilité du marché de
l’emploi et la sécurisation des salariés.
Pour tout dire la "vieille croissance", c’est,
depuis quinze ans, un point de croissance en moins que la
moyenne européenne et deux points de plus en matière
de chômage.
Imaginons ensemble une "nouvelle croissance" !
Une croissance forte. Une croissance saine, qui ne soit
pas une croissance "à crédit" dopée
artificiellement par les dépenses publiques. Une croissance
solidaire destinée à consolider la cohésion
nationale.
Gagner le point de croissance qui nous manque, c’est
l’objectif fixé par le chef de l’Etat
!
Nous le ferons par la revalorisation du travail. Car nous
croyons que c’est le travail des uns qui entraîne
le travail des autres, c’est l’effort des uns
qui stimule celui des autres, et c’est la récompense
des uns qui motive les autres.
Cette logique nous a conduits à vous proposer des
mesures qui visent tous les âges de la vie.
Ne plus soumettre le travail des étudiants à l’impôt.
Faire sauter les verrous aux heures supplémentaires
pour compenser l’effet étouffant des 35 heures.
Conforter la réussite des dirigeants qui se distinguent
par leurs performances mais interdire le scandale qui consiste à récompenser
ceux qui échouent. Adapter enfin nos prélèvements
fiscaux pour que ceux qui ont créé de la richesse
grâce à leurs efforts puissent transmettre ce
capital à leurs proches.
Le projet de loi sur le travail, l’emploi et le pouvoir
d’achat cristallise notre stratégie économique.
Il n’est que la première étape d’une
réforme profonde du marché du travail et de
l’environnement réglementaire de nos entreprises.
Nos entreprises - et spécifiquement nos PME - ont
d’abord besoin d’un cadre réglementaire
qui les aide et non qui les contraigne.
Je veux réduire l’impôt papier, c’est-à-dire
tout ce qui fait que l’administratif entrave le productif.
Une commission, à l’image de la commission Rueff
Armand de 1959, sera constituée à cette fin
sous la présidence du premier président de
la Cour des Comptes, Philippe Séguin.
Je proposerai aussi qu’à l’instar du "Small
business act" américain, les PME françaises
puissent se voir réserver une part des marchés
publics. Nous expérimenterons la suspension de certains
effets de seuil.
La "flexisécurité" qui a fait ses
preuves en Europe du Nord ne doit pas rester un sujet de
voyages d’études. Le contrat unique de travail,
la réforme du mode d’indemnisation du chômage,
la fusion de l’ANPE et de l’Unedic, le revenu
de solidarité active doivent réconcilier l’efficacité économique
et la solidarité sociale.
Quant à la restructuration de notre système
de formation professionnelle, elle est absolument nécessaire.
24 milliards d’euros sont consacrés à la
formation ; 60 % des salariés n’y accèdent
jamais. Je le dis clairement aux partenaires sociaux : nous
ne pouvons plus attendre. J’entends qu’ils s’engagent
dans une véritable refondation de la formation professionnelle.
C’est un chantier pour 2008, et le Gouvernement, en
concertation avec les régions, y sera particulièrement
attentif.
Nos entreprises ont également besoin de prélèvements
fiscaux et sociaux "intelligents".
Si nous voulons encourager le travail et le pouvoir d’achat,
nous devons cesser de taxer plus ceux qui travaillent plus.
Si nous voulons en finir avec les délocalisations
et la fuite des capitaux, nous devons encourager ceux qui
continuent à investir et à produire dans notre
pays.
Si nous voulons lutter contre ceux qui polluent, nous devons
avantager ceux qui respectent l’environnement.
Pour toutes ces raisons, le président de la République
a souhaité une réforme globale de notre système
fiscal. Cette réforme n’est pas seulement un
objectif, c’est un impératif.
Nos réflexions sur la TVA sociale s’inscriront
dans le cadre de cet exercice. Personne ne peut refuser ce
débat. Pourquoi ? Parce que le coût de notre
protection sociale est croissant et qu’il le restera
si nous voulons en maintenir les principes et la qualité.
Dès lors que ce coût est financé par
des cotisations qui pèsent sur le travail, nous aurons
un choix clair : soit nous taxons toujours plus l’emploi,
et nous laisserons partir à l’étranger
les industries, immédiatement suivies par les services,
soit nous trouvons un complément différent
au financement de la solidarité nationale. Donc, le
débat sur la TVA sociale aura lieu.
Et nous déciderons ensemble de ce qui est bon pour
la France.Ce sera notre premier défi.
Deuxième défi : celui du vieillissement.
Nous ne pourrons le relever qu’à travers l’instauration
de la 5e branche de la sécurité sociale consacrée à la
dépendance. Nous devrons aussi poursuivre la mise
en œuvre de la réforme des retraites. L’allongement
de la durée de cotisation prévu en 2003 n’est
pas une option. Il aura lieu au terme de la procédure
prévue par la loi. Dans le même temps, au nom
de la justice, au nom de l’équité, nous
réformerons les régimes spéciaux de
retraite.
Le troisième défi sera celui de l’assurance
maladie. C’est celui qui s’impose comme le plus
urgent compte tenu de la dérive des dépenses.
Les mécanismes prévus par la réforme
votée en 2004 joueront. Ils nous amèneront à ratifier
sans délai le plan de retour à l’équilibre
proposé par les gestionnaires de l’assurance
maladie.
Au-delà des mesures d’urgence, nous n’éviterons
pas des décisions structurelles. Que cela soit clair
: si, comme je le pense, nous devons refuser le rationnement
des soins, si nous rejetons la seule maîtrise comptable,
si nous voulons améliorer nos hôpitaux, y développer
les soins contre le cancer et les soins palliatifs, si nous
voulons convenablement prendre en charge la maladie d’Alzheimer,
alors oui, il faudra faire des choix courageux, et la mise
en place de franchises peut être une solution.
Les contraintes techniques plaident en faveur d’une
franchise fractionnée avec un plafond annuel par personne.
C’est une solution possible pour 2008. Mais l’équité commandera
de réfléchir plus avant. L’idée
du "bouclier sanitaire" permettrait de plafonner
ce que paie chacun pour sa santé en fonction de son
revenu. Je souhaite que s’ouvre sur ce sujet un débat
sans a priori.
Mesdames et messieurs les députés,
Nous maintiendrons le cap du désendettement et du
retour à l’équilibre budgétaire.
Nous ramènerons notre dette publique en deçà de
60 % du PIB et nous rétablirons une situation budgétaire à l’équilibre
en 2012 au plus tard. Au printemps prochain, nous inscrirons
cet effort dans un cadre pluri annuel. Dès 2008, les
dépenses de l’Etat seront strictement reconduites
en volume.
Ce défi, nous le relèverons avec tous nos
partenaires, au premier rang desquels les collectivités
territoriales. Les dotations de l’Etat qui leur sont
allouées ne pourront pas globalement croître
au-delà de l’inflation en 2008. Nous devrons
rebâtir avec elles une relation contractuelle responsable.
La contre partie de cet effort partagé pourrait résider
dans la simplification et la stabilité des normes
qui sont imposées aux collectivités. Dans cette
perspective je rencontrerai les associations d’élus
dans les prochains jours.
L’objectif de réduction des déficits
et de désendettement de notre pays doit être
partagé par tous.
Mais ce qui me semble au moins aussi important que les chiffres,
ce sont les fondements de cet assainissement.
Nous ne serons pas dans le factice ou le virtuel. Nous voulons
conduire une remise à niveau de nos finances publiques
qui repose sur des réorganisations pérennes.
C’est pour cela que nous avons engagé la révision
générale des politiques publiques et que nous
avons d’ores et déjà annoncé le
non remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la
retraite.
C’est cette approche qui nous permettra de réformer
profondément et de rationaliser les structures et
les politiques publiques.
Chaque ministre travaillera en portant l’ambition
d’un véritable recentrage du service public
sur ses missions, dans la clarté, pour plus d’efficacité.
Ici comme ailleurs, ma conviction est faite : tout doit être
discuté, concerté et accompagné.
Les fonctionnaires sont les premières victimes de
l’immobilisme de l’Etat. Leurs conditions de
travail, leurs rémunérations, leur place dans
la société française s’en ressentent.
50 % des économies retirées du non remplacement
de tous les départs à la retraite seront donc
affectés à l’amélioration des
carrières dans la fonction publique.
Nous voulons faire partager par tous les fonctionnaires
une ambition pour l’Etat : celle d’un Etat efficace
et reconnu par la nation.
En quelques semaines, nous avons, mesdames et messieurs
les députés, ouvert les chantiers du droit
pénal de la récidive, de la fiscalité,
du travail, de la protection sociale, de l’université,
du service minimum dans les transports, de l’immigration.
Nous continuerons à aller de l’avant, comme
le veut le président de la République.
Monsieur le Président,
Mesdames et messieurs les députés,
Je mesure l’ambition et les difficultés de
notre tâche. Mais je vois aussi les atouts de notre
réussite.
D’abord les Français eux-mêmes.
Je me souviens de ce chef d’entreprise, au bord de
la faillite, m’expliquant qu’aucun de ses salariés
n’avait manqué à son appel lorsqu’il
fallu se retrousser les manches.
Je me rappelle de ce professeur de collège, disant à une
jeune fille qui portait le voile : "ici, on ne cache
pas son visage, car dans l’école de la République
chacun doit pouvoir se regarder sans se défier, ni
se juger".
Et j’ai en mémoire ce sous-officier français,
qui, il y a quelques années, m’expliquait que
dans un village constamment bombardé de Somalie, la
première tâche de sa compagnie consista à reconstruire
la maternité détruite. Voilà les Français.
Avec leurs élans, leur engagement et leur cœur.
Et puis, il y a la République.
Elle fait de chacun d’entre nous le compagnon de l’autre.
La République, en France, vient de loin. Elle est
née de siècles de combat pour faire triompher
l’intérêt général, la liberté de
conscience, et l’égalité face à la
dure résistance des privilèges et des corporatismes.
La République est une action continue, permanente.
Elle est une volonté politique. Une révolte
face aux facilités. Face aux injustices. Face aux échecs.
La République n’est que mouvement. Si elle tombe,
elle se relève telle Gavroche sur sa barricade. Elle
se relève toujours et c’est la faute à Voltaire,
la faute à Rousseau ; c’est aussi pour nous
la faute à Victor Hugo, à Clémenceau, à Gambetta, à de
Gaulle, aux héros de vingt ans de la résistance
et de la France libre.
"Vivre, ce n’est pas se résigner !", écrivait
Camus. Sans cesse dans son histoire, la France a cru au mouvement.
Elle n’a jamais fait bon ménage avec le statu
quo et les arrangements à la petite semaine, ce que
le général de Gaulle qualifiait en son temps
de "petite soupe sur son petit feu, dans sa petite marmite".
A ce nihilisme nous avons opposé un sens aigu du progrès.
Cette idée du progrès rassemble les Français.
Les belles heures de notre histoire témoignent de
cette soudaine unité dans l’action. Bien entendu,
le progrès réclame des choix, des sacrifices
parfois. Il commande d’établir des priorités.
Il compromet les rentes.
Car le progrès accélère l’histoire.
Déjoue les scénarios écrits à l’avance.
Dénoue les situations que l’on disait compromises.
La France est fière et audacieuse. Nous lui avons
proposé une rupture constructive. Elle s’y est
reconnue. Nous avons sollicité d’elle un mandat
pour agir. Elle nous l’a donné.
Il y a dans le pays un souffle de confiance. Le président
de la République en est l’initiateur. J’en
suis devant vous le dépositaire. Cette confiance,
le Gouvernement, au titre de l’article 49.1 de notre
Constitution, vous la demande.
Source : Site
du 1er ministre.
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